19/03/2003
Salle Pablo Neruda,
Bobigny
Le label Thirsty Ear, à New-York, accueille deux familles de musiciens : d’une part des gens issus de la scène "club" ou "hip-hop" comme DJ Spooky, Spring Heel Jack ou Antipop Consortium, et d’autre part des musiciens free qui ont l’habitude de jouer dans les clubs du Lower East Side, comme William Parker ou Matthew Shipp. Cela ne pouvait manquer de conduire à des collaborations : la tournée anglaise de Spring Heel Jack avec les fleurons du free européen que sont Evan Parker et Han Bennink ou les américains William Parker et Hamid Drake a été un événement acclamé en ce début d’année. La rencontre de ce soir s’inscrit dans la même logique, puisque "Da Subliminal Kid" DJ Spooky rencontre le pianiste Matthew Shipp. Ils sont épaulés par une section rythmique puissante : William Parker (contrebasse) et Guillermo E. Brown (batterie).
Shipp, Parker et Brown ont l’habitude de jouer ensemble, notamment au sein du quartette de David S. Ware. Cette complicité se retrouve sur scène. Chacun rebondit sur ce que joue les deux autres, ce qui contribue à donner à la musique une impression de long flux inextinguible. En comparaison, DJ Spooky peine à trouver sa place, ses samples et ses scratchs sont souvent étouffés sous le bruit de ses partenaires. Il fait de grands geste à Guillermo Brown pour que celui-ci baisse le rythme pour passer à un nouveau morceau. Finalement les musiques s’intègrent l’une à l’autre, les sons de DJ Spooky deviennent bruits de rue et de voix qui donnent une dimension urbaine au free des trois autres, comme s’ils jouaient en ville la fenêtre ouverte.
Il est amusant de remarquer la nouvelle répartition des rôles dans le groupe. Lors du concert du David Ware Quartette à Stirling, Parker assumait clairement le rôle de lieutenant du leader, distribuant force coups d’oeil à ses troupes. Aujourd’hui il ne cherche pas à assumer plus que son rôle de sideman, jouant quand il sent que sa contribution apporte quelque chose à l’ensemble, et refusant de prendre la vedette pendant le rappel comme ses partenaires le lui proposent. Guillermo Brown est lui aussi métamorphosé, et se retient avec peine de partir dans de grandes courses échevelées de percussions, ou ne se retient plus, et ses rythmes percutants viennent masquer les textures de DJ Spooky.
Le deuxième concert du soir est celui de Cheikh Lo et son groupe, qui mêle musiciens traditionnels de percussions sénégalaises et guitare et claviers. Le résultat est efficace, rythmé et entraînant et constitue une agréable découverte.
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le 23/03/2003