Roland Suso Richter
Maria Speth
du 10/10/2001 au 16/10/2001
L’Arlequin,
Paris
Si le cinéma allemand est souvent méconnu ou seulement via d’anciens réalisateurs (Fassbinder en tête), le Festival du Cinéma Allemand propose chaque automne, depuis cinq ans, un panorama d’une dizaine de films contemporains ainsi qu’un ciné-concert. Parmi les premiers, nous avons eu l’occasion d’en voir quatre, aussi différents les uns les autres qu’on peut l’imaginer.
Ainsi, on put tout d’abord vérifier, aux côtés des nombreux scolaires présents dans la salle, que les Allemands savent eux aussi livrer des reconstitutions historiques pataudes et sans génie. Roland Suso Richter tire ainsi Le Tunnel (Der Tunnel) d’une histoire vraie : des Allemands de l’Est, en 1961, vont essayer de faire passer des compagnons du côté Ouest du mur en creusant un tunnel sous celui-ci. On tint là un sujet parfait pour une soirée télé ou une sortie de classe : mise en scène quasi inexistante, mélo au possible, acteurs corrects sans plus, happy end, rebondissements téléphonés, manichéisme rampant (même si les hésitations des Allemands de l’Est entre collaboration avec la Securitat et désir de fuir à l’Ouest sont bien montrés), etc... Néanmoins, on ne peut s’empêcher de trouver que, finalement, le film fonctionne plutôt et on se laisse même prend au jeu.
Place ensuite à une comédie sentimentale avec Tarif de Nuit (Mondscheinintarif) qui se fit fort d’accumuler tous les clichés du genre. Tout d’abord, le postulat de départ (une jeune femme raconte, face caméra, sa rencontre avec un beau jeune homme et se demande pourquoi il ne rappelle pas) ne laissait pas présager un film révolutionnaire. Ensuite, le problème, c’est que Ralf Huettner veut absolument faire un film dans l’air du temps ; on retrouva donc, pêle-mêle, des références à l’univers du clip (split-screen, plusieurs angles de caméra pour filmer la même scène), la musique omniprésente (on reconnaîtra PJ Harvey, Kristin Hersh et Day One), des effets visuels à la Ally McBeal, les confessions à la meilleure copine à la Sex & the City, etc... Très vite lassant, le film se termina comme on l’avait prévu dès sa cinquième minute.
Côté films d’auteur, L’Amour, l’Argent, l’Amour est un road-movie où un jeune homme tombe amoureux d’une jeune prostituée (jouée par Sabine Timoteo) et veut la faire sortir du trottoir. Si l’usage de la vidéo digitale énerve un peu à la longue, il en résulte assurément une urgence et un sentiment de mal-être qui cadre bien avec le climat général du film de Philip Gröning. À noter par ailleurs une bande-son de qualité : Snow Patrol, The Velvet Underground, Yo La Tengo, Calexico, Can entre autres.
Enfin, Au jour le jour (In den Tag Hinein) se présentait comme un triangle amoureux dans Berlin, chassés-croisés d’une jeune femme (incarnée par la même Sabine Timoteo) qui va et vient entre ses deux amants. Extrêmement intéressant, le film se situe sous la double influence Antonioni - Tsaï Ming-Liang : du premier on retrouva l’émotion en suspens, du second la rigueur du cadre, les plans fixes et l’importance des éléments liquides. Parfois un peu long (probablement le risque inhérent à ce type d’entreprise), le film révéla un vrai talent de mise en scène pour cette jeune berlinoise, Maria Speth, et fut le meilleur long-métrage de la semaine.
Date de sortie :
– Le Tunnel : 7 novembre 2001
le 18/10/2001