Jacques Rebotier
Jacques Rebotier
du 19/01/2012 au 12/02/2012
Théâtre des Amandiers,
Nanterre
Il est rare qu’on ressente une telle impression en face d’un objet théâtral : une forme d’énervement du début à la fin. Avec Les 3 Parques m’attendent dans le Parking, on a clairement éprouvé ce sentiment tout au long de la pièce. Ce n’est pas tant le caractère décousu du propos de Jacques Rebotier ou l’absence de fil narratif qui plombe le spectacle mais plutôt la répétition ad nauseam des mêmes figures : les trois comédiennes disent la même chose en même temps, assises en front de scène sur leurs valises-cabines qu’elles traînent ensuite quand le noir se fait. La saynète suivante voit l’une d’entre elles se livrer à un numéro d’équilibriste (pomme, planche de bois ou hache sur la tête) tandis qu’une autre, en équilibre, verbal cette fois-ci, tout aussi précaire, s’essaye à un rapprochement entre Guillaume Tell et Jason et les Argonautes.
Dans leurs discussions, pastiches de soap operas, bribes d’interventions politiques (Sarkozy, Guaino, Hollande, Giscard d’Estaing), phrases toutes faites des footballeurs (« on prend les matches les uns après les autres »), paroles d’économistes sur la crise ou le cours de la Bourse se mêlent dans un grand n’importe quoi qui s’écoute parler plus qu’autre chose. De fait, jamais cette forme de logorrhée ne produit le vertige auquel elle aspire à l’évidence. À tel point que le babillage féminin que l’auteur veut probablement détourner, en multipliant ainsi les sujets de conversation, finit par revenir en pleine face façon boomerang et met au jour la vacuité de l’ensemble.
Enfin, et le titre même de la pièce le laissait malheureusement présager, les jeux de mots affligeants sont légion. Citons en juste quelques-uns pour se rendre compte : parodie des consignes de sécurité destinées aux spectateurs du Tour de France (« ne vous installez pas avec votre virage en sortie de famille »), calembours sur les noms de famille (« Shakespeare / Secoue ta poire » avec mouvement de bassin suggestif à l’appui, soit exactement le même « gag » que dans le Roméo et Juliette monté par Olivier Py l’automne dernier), évocation de la mort du Général de Gaulle, décédé en faisant une patience aux cartes (« c’était réussi comme réussite »). Fermons-là le ban, cela vaut probablement mieux…
Autres dates :
– du 6 au 8 mars 2012 : Théâtre Vidy - Lausanne
– 30 et 31 mars 2012 : Espace des arts - Chalon-sur-Saône
– 22 et 23 mai 2012 : Apostrophe - Cergy-Pontoise
le 03/02/2012