Sharon Fridman
15/07/2012
Cour d’honneur des Invalides,
Paris
À dire vrai, compte tenu du contexte (incertitudes météorologiques, nécessité d’être sur place ce dimanche matin à 6h30), on n’imaginait pas trouver environ deux cents personnes aux Invalides pour assister à la création de Sharon Fridman. Assurément, les spectateurs étaient autant venus pour découvrir ce jeune chorégraphe d’origine israélienne que pour vivre une forme d’expérience collective : se lever alors qu’il fait encore nuit, arpenter les pavés disjoints de la Cour d’honneur tandis que le jour se lève, applaudir le spectacle et partager café et viennoiseries celui-ci terminé. En l’absence de scène identifiée, le public ne sait pas trop où se mettre, certains restant au milieu de la Cour, d’autres s’asseyant sur les marches. Quand danseurs et musiciens pénètrent l’espace, ils arrivent de tous côtés et traversent eux-mêmes le lieu jusqu’à se positionner en son centre et rameuter, par conséquent, l’auditoire.
Présentée comme une « éco-chorégraphie », Rizoma part du motif du rhizome, partie souterraine d’une plante vivace, et, de fait, cette métaphore herbacée irrigue véritablement tout le spectacle. Respirations appuyées des intervenants au début, mouvement centripète des danseurs allongés, comme si une grappe humaine vivante se constituait, émergence, telle une racine principale, d’un intervenant de cet agrégat, chute à terre à la manière d’une branche morte : la demi-heure joue à l’évidence sur le « phytomorphisme » des soixante-dix danseurs. Opérant par gestes plutôt lents, travaillant sur l’effet masse de leurs rapprochements (tous vêtus de couleurs sombres, pour mieux faire corps) mais sachant aussi en extraire un bras ou une jambe, ces praticiens amateurs optent davantage pour la suggestion et l’organicité que la performance physique ou technique.
Pour les accompagner, dix violoncelles livrent une partition proche de la note tenue dans les premières minutes, puis plus mélodieuse et enveloppante dans la suite du déroulement avant d’aller vers des passages où l’aspect percussif de l’instrument est également utilisé. La disposition de la Cour d’honneur, avec ses bâtiments tout autour, contribuait évidemment à la réussite de l’ensemble : répercussion du son sur les murs, sentiment que les danseurs-plantes émergeaient des espaces entre les pavés, dimension à la fois majestueuse et resserrée sur elle-même, voire intime, de la proposition.
Autre date :
– 18 juillet 2012 : Parvis du Palais de Chaillot (6h30)
le 15/07/2012