du 13/09/2012 au 10/11/2012
Galerie Édouard-Manet,
Gennevilliers
Présent à l’exposition DYNASTY (cette manifestation générationnelle présentée il y a deux ans au Palais de Tokyo et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris), Mohamed Bourouissa ne nous y avait pas marqués. Depuis, le jeune plasticien a été signé dans une galerie de renom et mis sur pied une entreprise d’envergure, déployée sur trois sites consécutifs : Marseille, Gennevilliers et Marseille à nouveau. Sous le patronage d’August Sander, cet encyclopédiste qui, dans l’Allemagne de Weimar, avait tenté un recensement des gens de condition modeste, l’artiste aspire à saisir la France des demandeurs d’emploi. Dans cette optique, il a collaboré avec la Mission locale de Pôle Emploi pour proposer à des chômeurs de réaliser une mini-sculpture en résine blanche. C’est dans un camion stationné devant l’agence (et, pendant l’exposition, devant la Galerie Édouard Manet) que la capture s’effectue avant d’être transformé en portrait 3D par de grosses imprimantes.
Au vu du résultat, on pourra saluer le mérite de Mohamed Bourouissa de ne pas ambitionner de changer le sort de ces demandeurs d’emploi mais plutôt de capter leur condition, de figer leur situation, vue comme symptôme de l’époque, au moment où le seuil symbolique des 3 millions de chômeurs est dépassé. Si les photographies grand format de ces personnes ne dépassent pas le simple procédé illustratif, la réalisation des statuettes produit un effet bien plus convaincant. Confectionnées en direct dans la troisième salle de la Galerie, elles sont ensuite exposées sur une table, entre Les Bourgeois de Calais et une transposition contemporaine de l’armée d’argile du Mausolée de l’empereur Qin.
Dans un lieu où le mobilier est majoritairement mobile, formant un espace pouvant être agencé différemment, même le plan masse d’une agence Pôle Emploi est convoqué pour participer à l’entreprise et résonner comme une forme de plan archéologique, façon dédale des pyramides. Entre mise à distance, par ce prisme historicisant, et prise en compte des réalités sociales actuelles, Bourouissa livre ainsi un geste artistique pas forcément époustouflant de technique mais diablement pertinent.
le 11/10/2012