14/02/2004
Batofar,
Paris
Dernière soirée de ce festival avec une affiche particulièrement riche pour tenir jusqu’au bout de la nuit. Pour notre part, un live de Twine valait à lui seul le déplacement, ces américains n’ayant jamais joué à Paris. C’était par la même, l’occasion de revoir Si-Cut.Db ce qui est toujours agréable.
Alors que l’on pénètre dans la coque métallique du Bato, résonnent déjà quelques notes agressives, et l’on a un doute sur l’identité des artistes en train de jouer devant une salle, malheureusement pour eux, particulièrement vide.
Pourtant il s’agit bien des deux membres de Twine qui viennent de débuter leur concert et enchaînent musique électronique granuleuse, aride, avec une sorte de chant religieux à faire pâlir les fans de Dead Can Dance sur des textures aux reflets métalliques. Ils passent ainsi du coq à l’âne avec une facilité déconcertante, et tout cela nous paraît tout à fait logique. Des rythmiques sourdes et syncopées flirtent avec les sonorités métalliques d’un Fennesz, les sons les plus agressifs dessinent des mélodies à la fois complexes et touchantes.
Le final, absolument fabuleux, mêlait pendant près de 10 minutes samples répétitifs de guitares brutes, mélodie fine électronique, et voix fantomatiques. Un mélange de toute beauté mais particulièrement sombre, presque malsain, et nous faisant penser à de vieux morceaux cold wave, entre l’onirisme des Legendary Pink Dots et la joie de vivre de Joy Division.
On passera ensuite rapidement sur Bern qui joue dans un registre minimal techno tout en hésitant parfois à lorgner vers le dub. Pas désagréable pendant un moment, on s’en lassera malheureusement trop vite pour finir par abandonner.
Avec Si-Cut.Db, on est maintenant en terrain inconnu, et un terrain qui, il est vrai, que l’on apprécie particulièrement. Pole ayant plus ou moins abandonné le registre purement dub pour y intégrer sans succès des éléments jazz, il ne nous reste que Douglas Benford pour continuer à creuser le sillon du genre. Ici donc, rien de bien nouveau, mais au moins, c’est réussi. Premier morceau quand même un peu surprenant puisqu’après le classique échafaudage de basses, mélodies minimalistes pleines de delay et fourmillement de cliquetis et autres granularités, une mélodie de basse aux sonorités déformées, tournoyantes se fraye un chemin et porte ce titre vers des sphères inconnues.
Les morceaux sont généralement assez longs, prennent le temps de se développer et créent du même coup des grooves dansants et hypnotiques qui donnent l’impression de pouvoir se prolonger indéfiniment sans lasser. En fait, sous cet habillage peut-être rigide, formaté, prolifère une multitude de petites sonorités, d’ébauches mélodiques discrètes qui renouvellent sans cesse les compositions de Si-Cut.Db. Bien sûr quelques titres seront un peu moins riches et lasseront beaucoup plus rapidement, mais cela reste un excellent concert d’un peu plus d’une heure que l’on aura pas vue passer et clôturant du même coup, en ce qui nous concerne, ce festival-anniversaire.
le 01/03/2004