Federico García Lorca
Daniel San Pedro
du 28/08/2014 au 05/10/2014
Théâtre 13,
Paris
Alors que la proposition de Vicente Pradal, vue il y a une demi-douzaine d’années au Théâtre du Vieux-Colombier, se mâtinait d’une certaine flamboyance (danse frénétique de l’héroïne, passages chantés), Yerma se voit montée dans une mise en scène nettement plus aride par Daniel San Pedro. Portée par Audrey Bonnet, très en vogue depuis le succès de Clôture de l’Amour, la pièce de Lorca s’attache au portrait d’une jeune femme n’arrivant pas à avoir d’enfant, dans l’Espagne traditionnaliste des années 1930. Objet de toutes les rumeurs de son village, de toutes les suspicions des autres femmes et de tous les doutes, Yerma se désespère tandis que son mari passe ses journées à travailler aux champs.
Sèche et dure, la lecture de San Pedro resserre toute l’action autour d’un cube faisant aussi bien office de demeure du couple que de maisons des voisines ou de corps de ferme. Panneaux coulissants de bois, blocs de pierre et ballots de laine seront ainsi les seuls accessoires et objets de décor manipulés, renvoyant à la sécheresse de la pierre à laquelle le corps de Yerma est souvent comparé. Quelques béquilles didactiques (vidéos permettant de prendre conscience du temps qui passe ou cartons rythmant le déroulé de la pièce - « un an plus tard ») n’altèrent pas le sentiment d’être face à un drame dont, comme souvent chez Federico García Lorca, la mort semble la seule issue.
Tandis que Pradal jouait sur une contextualisation (intermèdes musicaux, chant en castillan), Daniel San Pedro relève le caractère allégorique d’une pièce dont l’héroïne n’est citée qu’une seule fois par son prénom, comme si elle représentait l’intégralité de la persona féminine espagnole de cette époque. À ce titre, au fur et à mesure du déroulement, il apparaît presque difficile de savoir si c’est véritablement Yerma qui veut à tout prix un enfant ou bien si c’est la société qui exige qu’elle en ait un, lui faisant passer cette nécessité pour une propre volonté de sa part. Dans ce contexte, quelle place reste-t-il alors pour le libre arbitre ?
Autres dates :
– 16 et 17 octobre 2014 : Théâtre Jean Vilar - Suresnes
– 9 mars 2015 : Théâtre du Beauvaisis - Beauvais
le 11/09/2014