Denis Lachaud
Thomas Condemine
du 17/09/2014 au 19/10/2014
Théâtre du Rond-Point,
Paris
Romancier, dramaturge et performeur, Denis Lachaud propose une pièce sous forme de fable : dans un monde sans femmes, les hommes se partagent entre les prétendants et les promis, les seconds devant impérativement épouser les premiers et porter leurs enfants, nonobstant leur souhait de faire carrière ou de mener une existence moins conforme aux canons sociaux. On le devine aisément, le propos se veut évidemment une charge contre notre propre société et, notamment, la place qui y est faite aux femmes.
Centré sur un couple de pères qui arrange un mariage pour leur fils unique et adoré, le conte, rythmé et fluide, qui mélange allègrement les registres, ne fait pas forcément l’économie d’une certaine dimension caricaturale : l’un des deux pères écoute de la musique militaire tandis que l’autre est soumis et obéissant, leur fils ne parvient pas à s’élever contre leur volonté, le marieur vers lequel ils se tournent est parfait de cynisme… De même, le texte se vautre parfois dans une forme de vulgarité un peu grasse (« Acceptera-t-il de recevoir sa liqueur ? » questionnent les pères au sujet du promis) que la direction d’acteurs ne freine pas non plus (gestuelle répétée des mains en triangle autour du bas-ventre). Précisément, la mise en scène de Thomas Condemine tire parti de cette situation et emmène le tout du côté de la grimace (le visage des comédiens est maquillé de blanc, renforçant leur expressivité) et du clownesque (les entrées en scène se font à grands renforts de roulé-boulé ou de saut par les fenêtres).
Fort de ces constats, on s’interroge sur la nature d’Hetero : vaudeville un peu décalé ou prêche féministe ? Assurément, les ressorts traditionnels du boulevard sont convoqués (travestissement, découverte retardée du pot aux roses, éclats de voix, grand-guignol, fenêtres qui claquent) mais la fin du spectacle vient contrebalancer cette impression, l’attirant (enfin) vers des contrées plus engagées et plus désespérées. On ne peut qu’écrire qu’il était temps, la farce ayant ses limites.
Autres dates :
– du 18 au 20 février 2015 : Centre Dramatique National d’Orléans
le 03/10/2014