Daniel Cabanis
Jacques Bonnaffé et Olivier Saladin
du 07/11/2014 au 06/12/2014
Théâtre du Rond-Point,
Paris
Toujours intéressé par la personnalité de Jacques Bonnaffé (on se souvient plutôt positivement de L’Oral et Hardi, vu il y a quelques saisons au Théâtre de la Bastille, et il vient de camper un très convaincant Président de la Conférence des évêques de France dans la série Ainsi Soient-Ils), on se résolut à tenter l’expérience de Trente-Six Nulles de Salon. Mise en scène et jouée par l’intéressé, avec son complice Olivier Saladin, cette pièce de Daniel Cabanis se situe dans la longue tradition des dialogues un peu absurdes entre deux messieurs dans la deuxième moitié de leur vie.
Malheureusement, pour que ce type de proposition prenne, il faut un peu plus de consistance que ce qui nous est présenté sur le plateau, avec ces personnages tous deux prénommés Mario. Chaque saynète, introduite par le même « Dis-moi, Mario… », les voit discourir pendant deux à trois minutes sur les petits riens de la vie, sur leur existence ou sur une rencontre qu’ils viennent de faire, ces digressions pouvant même les conduire à des amalgames plus que limites (quand zoophilie et mariage homosexuel sont évoqués dans le même mouvement). Au bout de quelques instants, la mécanique s’installe, mais celle-ci se fait beaucoup trop répétitive et prévisible : début loufoque (« Dis-moi, Mario, spontanément, sans réfléchir, tu es plutôt sphère ou cube ? », « Dis-moi, Mario, un coup d’épée dans l’eau, par temps de gel, est-ce vraiment inutile ? », etc…), enchaînement se raccrochant à des expériences vécues par l’un ou l’autre et chute censément humoristique.
Une fois saisie la formule, nous en venons à deviner, dès les premières secondes de chaque saynète, quelle sera la chute… et l’auteur ne nous déçoit nullement sur ce point. De surcroît, les virgules musicales placées entre chaque temps, plutôt que de ponctuer malicieusement l’action, surlignent à gros traits ce qui se serait voulu « comique ». Dans le même temps, afin d’occuper l’espace, les interprètes se déplacent au milieu de sangles blanches qu’ils ne cessent d’accrocher et décrocher, tissant une sorte de double toile d’araignée sur laquelle ils trébuchent régulièrement (traduction involontaire de leur propre difficulté à évoluer dans ce spectacle ?). Puisque nous en sommes à mentionner les aveux involontaires, relevons enfin cet autre début de saynète : « Dis-moi, Mario, on perd son temps ou c’est juste une impression ? ». Rien à ajouter.
Autres dates :
– du 6 au 9 janvier 2015 : Comédie - Saint-Étienne
le 28/11/2014