Marius Von Mayenburg
Matthieu Roy
02/12/2014
Théâtre Jean-Vilar,
Vitry-sur-Seine
Le mouvement de balancier de Marius Von Mayenburg le conduit à alterner pièces mettant aux prises des conflits familiaux et dramaturgies plus historiques, mais aussi à aller piocher dans un registre proche de l’anticipation ou de la critique sociétale. C’est cette veine qui est poursuivie dans Martyr, dernière pièce en date de l’Allemand qui, à peine écrite et montée dans sa langue natale, se trouve traduite et montée sur les scènes françaises, toujours très friandes de son écriture.
Le point de départ de Martyr n’est pas sans rappeler celui du film Chemin de Croix, récemment sorti sur les écrans : Benjamin, adolescent fasciné à l’extrême par les Écritures bibliques entre en conflit avec son environnement familial et scolaire, sa radicalisation le conduisant à rejeter les cours de natation, d’éducation sexuelle ou de biologie. Le long-métrage évoqué étant également allemand et tout aussi récent que cette pièce, on en déduit qu’il s’agit là d’un phénomène non isolé et on saisit alors l’intérêt de Von Mayenburg pour une situation qui ne peut que dégénérer.
Malheureusement, la lecture qu’en fait Matthieu Roy s’avère fort peu pertinente, presqu’aucun de ses aspects ne parvenant à nous convaincre, à commencer par la direction d’acteurs. Ayant sélectionné des comédiens n’ayant quasiment jamais l’âge du rôle (ils sont presque tous trentenaires pour figurer aussi bien des adolescents qu’une mère de famille ou un proviseur), Roy les pousse à prendre des accents et intonations censés dessiner leurs personnages : façon bourgeoisie pour la mère de Benjamin, ton sentencieux pour le proviseur, copains de classe gouailleurs et prêtre aux voyelles traînantes. Dans ce contexte, le jeune homme se trouve bien seul à s’exprimer avec une diction et un verbe fluides alors que les autres protagonistes sont ridiculisés, conduisant le spectacle sur la voie d’un quasi-contre-sens. De même, l’amplification des voix par des micros individuels et l’emplacement du plateau scénique très loin dans la cage de scène créent une impression incommodante de distance et de fabrication.
En parallèle, les situations sont poussées à l’extrême par Mayenburg, entraînant le fanatisme de Benjamin aux confins de l’antisémitisme, de l’homophobie, de la misogynie et de la mythomanie. Face à une telle charge, la caricature n’est pas loin et la mise en scène de Matthieu Roy ne parvient pas à l’écarter, en rajoutant dans l’expressivité excentrique, accumulant les effets et surlignant inutilement le propos. Il en résulte un spectacle probablement mû de bonnes intentions mais alourdi par toutes ces faiblesses qui le tireraient presque vers la création de fin d’année.
Autres dates :
– 4 décembre 2014 : 3T - Châtellerault
– 11 et 12 décembre 2014 : Théâtre de la Méridienne - Lunéville
– du 27 janvier au 8 février 2015 : Théâtre National de Strasbourg
le 10/12/2014