du 29/05/2015 au 20/09/2015
Carré d’Art,
Nîmes
Ahlam Shibli / Carl Andre / Carré d’Art / Chantal Akerman / David Lamelas / Peter Friedl / Sigmar Polke
Sujet idéal du bac de philosophie (c’était d’ailleurs l’un des thèmes sur lesquels les terminales de cette année devaient plancher), la question des origines et de ce que chacun en tire (« Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » était, plus précisément, l’intitulé de l’épreuve en série littéraire) constitue, assurément, une préoccupation des plasticiens. Comme de nombreux artistes, leurs productions peuvent, de fait, être lues comme un autoportrait, plus ou moins en creux, et c’est cette forme de « construction » (pour reprendre le mot de Jean-François Chevrier, commissaire de l’exposition) que Formes Biographiques veut présenter.
Partant de cette idée même de construction, il s’agit alors de postuler que la biographie peut être réelle, et l’artiste retisse les liens de sa mémoire dans ses œuvres, ou imaginaire, et il s’échafaude alors une vie rêvée ou fantasmée. Revenant ainsi sur les territoires où ils ont vécu précédemment, Carl Andre et Ahlam Shibli les documentent par des photographies, chargées d’en saisir les évolutions. Mais le lieu de l’enfance peut être également celui dont on choisit de s’extraire, soit parce que, politiquement, il n’est plus possible d’y vivre (les Fugitifs de Sigmar Polke, le souvenir de l’apartheid sud-africain de Santu Mokofeng, les témoignages des réfugiés recueillis par Madeleine Bernardin Sabri) ou parce qu’il faut bien, un jour, couper le cordon familial (la vidéo de Chantal Akerman où elle lit des lettres plaintives que lui adresse sa mère, restée en Belgique, tandis qu’elle est partie vivre à New-York).
Les essais d’invention d’une autre vie, d’une autre biographie, peuvent passer par l’écrit (l’arbre généalogique affabulatoire de Gérard de Nerval, Étienne-Martin), par les mirages d’André du Colombier ou par les photographies dans lesquelles David Lamelas se portraiture en star du rock. Sans réécrire leur parcours, Thomas Schütte et Martin Honert tentent de cristalliser leur enfance, de saisir ce moment et de le figer, soit en composant une installation contenant des reliques depuis sa naissances (chaussettes, chaussures), soit en plaçant un mannequin d’enfant (à tête adulte, néanmoins) devant une table de cuisine.
Volontairement cérébrale, voire radicale, la proposition de Chevrier s’achève avec quatre marionnettes de Peter Friedl (l’Hamlet noir, Henry Ford, Julia Schucht et Toussaint Louverture), comme autant de trajectoires biographiques différentes, réunies dans le même halo de lumière et dans la même condition de poupées manipulées. Au sortir de l’exposition, peut-être s’agit-il de souligner que notre propre existence, notre propre biographie, est, à l’instar de ses marionnettes, commandée par la main du fatum.
le 03/09/2015