du 21/01/2016 au 10/04/2016
Le Plateau / FRAC Île-de-France,
Paris
Camille Blatrix / Christian Boltanski / Jean-Pascal Flavien / Judith Hopf / Le Plateau / FRAC Île-de-France
Parmi les thématiques récurrentes des expositions collectives d’art contemporain, celle du changement de destination d’objets du quotidien est probablement l’une des plus courues. Sans forcément aller jusqu’à présenter un ensemble de ready-made, le Plateau s’y livre à son tour en réunissant une dizaine d’artistes qui ont en commun la volonté de partir d’objets reconnaissables et d’en développer une forme de narration autre que celle à laquelle on pense spontanément.
Une fois passées les créations trop convenues (ces poussettes-cannes repliées et garnies d’attributs divers de Simon Dybbroe Møller, voire ces séquences de chaises et tables métalliques de Jean-Pascal Flavien), on relèvera que Karl Larsson, très présent dans le parcours, y disperse des interventions pas forcément toutes convaincantes mais qui trouve justement leur place au milieu de celles des autres plasticiens. À ce titre, on appréciera davantage les propositions, proches de l’installation, dans lesquelles plusieurs objets sont réunis pour former un espace véritable. Ainsi, Shelly Nadashi compose un ensemble fait de carreaux d’argile accrochés sur des carreaux de faïence, à proximité desquels sont placés un bol en argile et une petite fontaine à eau du même matériau. Le triptyque évoque alors aussi bien la reconstitution d’une salle d’une maison antique que l’esquisse d’une salle de bain moderne. Plus loin, la suite d’ombres chinoises de supports divers (pied d’appareil photo, pupitre, chevalet) tous dépourvus de ce qu’ils sont censés recevoir, mise en regard de photographies de certains de ces objets, crée un intéressant dialogue que figure bien le titre de cette œuvre de Barbara Bloom (Absence-Presence).
Avec ses trois compositions photographies d’objets aux couleurs non traditionnelles (un ourson bleu, des outils colorés), Christian Boltanski se situe dans une démarche de critique du quotidien qu’on retrouvera plus loin avec les deux sculptures de Judith Hopf. Semblables à des bancs publics design, elles prennent, en réalité, des poses anthropomorphiques et se veulent une représentation des poses non naturelles que l’on prend lorsqu’on utilise un ordinateur portable. Même simplicité et même réussite avec Camille Blatrix qui expose deux objets qui nous paraissent familiers (mécanisme visible, bouton-poussoir) mais qui ne ressemblent à rien de ce que l’on connaît. Plutôt que de lourdement s’emparer d’un objet connu pour le détourner vers quelque chose d’inconnu, le Français prend des matériaux basiques, confectionne un ustensile nouveau et le présente comme s’il nous était familier. Idéal pour régénérer un format d’exposition trop rebattu.
le 04/04/2016