(Baskaru / COD&S Distribution)
06/06/2016
Electronique

Le caractère particulièrement fourni de la discographie de Lawrence English le conduit à produire des albums totalement originaux, comme à s’inspirer de démarches déjà éprouvées par d’autres, qu’il réactive et réinterprète à sa façon. Ainsi en est-il avec Approaching Nothing, pour lequel l’Australien s’est rendu à Vela Luka, en Croatie, cette ville-même où Luc Ferrari avait capté le matériel sonore qui lui avait servi pour son Presque Rien n° 1, réalisé en 1967. De retour sur place, English s’est, à son tour, livré à différentes captations, propres à concocter un album, constitué d’une piste unique de trente minutes.
Cloches d’église, discussions attrapées à la volée, cigales chantantes, sonneries de téléphone portable, moustiques virevoltants, klaxons, rires, gouttes de pluie : les composantes traditionnelles de ce genre d’exercice sont bien présentes ; et, précisément, c’est un peu la limite du disque puisque, connaissant son point de départ, on y trouve exactement ce à quoi on pouvait s’attendre. Pour autant, l’impression d’immersion dans une petite ville joue à plein, légitimant le projet et marquant sa réussite (a fortiori quand, comme c’est notre cas, le disque est écouté alors que le temps extérieur est aussi estival que celui documenté sur l’album).
Circonscrit à un travail de montage et de juxtaposition, le concours de Lawrence English relève bien néanmoins d’un véritable ouvrage de précision, le musicien coupant net le son d’une voiture qui passe ou l’enchaînant habilement avec le bruit d’une machine plongée dans l’eau. Ce n’est certes pas grand-chose, voire « presque rien », mais cela suffit malgré tout à signer la qualité d’un artiste qui, même dans un genre ultra-balisé, parvient à se singulariser.
le 03/08/2016