Nobody

 auteur

Falk Richter

 metteur en scène

Cyril Teste

 date

du 21/09/2016 au 08/10/2016

 salle

Théâtre Silvia-Monfort,
Paris

 appréciation
 tags

Falk Richter / Théâtre Silvia-Monfort

 liens

Théâtre Silvia-Monfort

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Présenté comme une « performance filmique », Nobody tient effectivement autant du théâtre que du cinéma puisqu’un écran surplombe la scène, que les comédiens jouent sur la seconde, filmés par deux techniciens pour un résultat diffusé en direct sur le premier. Conçu suivant une charte inspirée du Dogme95 (tout est réalisé en direct, y compris le mixage du son, aucune image extérieure n’est rajoutée, etc…), le spectacle incite donc le public à regarder à la fois le plateau et l’écran dans une belle complémentarité, l’aspect filmique venant utilement perfectionner ce qui se joue en-dessous.

Précisément, sur la scène, le décor se veut tout en longueur, avec une baie vitrée sans tain faisant office de quatrième mur, et des cloisons séparant les espaces de cet open space d’un cabinet de consultants en ressources humaines. Chargé d’accompagner les restructurations d’entreprise, Jean Personne est un de ces salariés, tout entier tourné vers les chiffres et les résultats de chacune des structures dont il s’occupe, et vers le nombre de licenciements qui vont être réalisés. Dans cet univers où le cynisme le dispute à la radicalité des décisions prises, le héros évolue sans difficulté, naviguant d’une réunion à des échanges téléphoniques et ne se laissant que peu de temps pour sa vie personnelle.

Le monde du travail constitue un matériau déjà largement exploré, aussi bien au théâtre qu’au cinéma ou dans la littérature ; aussi, au début de Nobody, montage de fragments issus de différents textes de Falk Richter, on craignait un peu que le spectacle ne verse dans la facilité ironique autour du sabir du consultant ou de la blancheur clinique des bureaux aux parois de verre. Pour autant, le principe de la « performance filmique » permet de renouveler le propos, mélangeant la proximité avec les personnages (gros plan sur l’écran, voix amplifiée nous les rapprochant) et une certaine distance (double vision écran-scène, baie vitrée ne nous laissant jamais les voir « directement »). De même, se concentrer sur des consultants, catégorie rarement examinée, vient créer une sorte de méta-dispositif puisqu’à la manière d’entomologistes, nous les observons tandis qu’eux-mêmes scrutent les entreprises où ils interviennent.

Au surplus, cette étude du monde entrepreneurial, avec sa déshumanisation, ses rapports forcés et faux (à l’image de ces évaluations réalisées en secret par des collègues de même niveau) ou sa cruauté, se trouve renforcée par le mécanisme formel, impressionnant sur le plan technique. La fluidité du filmage, la précision du cadrage, le jeu sur la lumière ou la profondeur de champ et la compartimentation des espaces contribuent à la réussite de l’ensemble et à la découverte progressive des différentes possibilités de l’espace scénique. Des recoins apparaissent, des focus se font sur l’un ou l’autre des salariés, du flou isole l’un d’eux et la voix off de Jean Personne retentit pendant que la fourmilière s’agite quoiqu’il fasse (« Il faut que je sorte. Il faut que je parte tout de suite d’ici »).

Pris dans ce tourbillon, Jean néglige donc sa vie personnelle, dépeinte à travers quelques tableaux un peu plus faibles, d’autant plus qu’ils tracent des contours assez évidents : aliénation du travail, incapacité à couper avec la vie professionnelle, délaissement du foyer conjugal. C’est donc dans sa chronique d’un monde de l’entreprise asservissant, entre réunions chronophages et incessantes, chefaillons ridicules et fats, paranoïa généralisée et fausse décontraction des séminaires de détente, que Cyril Teste trouve sa juste note.

Autres dates :
 4 novembre 2016 : Scène Nationale - Mâcon
 17 novembre 2016 : Scène Nationale - Evreux-Louviers
 du 29 novembre au 1er décembre 2016 : Théâtre Liberté - Toulon
 6 et 7 décembre 2016 : 2 scènes - Besançon
 11 décembre 2016 : Théâtre Jean Vilar - Vitry sur Seine
 4 et 5 janvier 2017 : Equinoxe - Châteauroux
 du 11 au 20 janvier 2017 : Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine
 25 et 26 janvier 2017 : Espaces Pluriels - Pau
 du 30 janvier au 2 février 2017 : Grand T - Nantes
 8 et 9 février 2017 : Grand R - La Roche sur Yon
 23 et 24 février 2017 : Apostrophe - Cergy
 16 et 17 mars 2017 : Théâtre du Vellein - Villefontaine
 24 et 25 mars 2017 : Anthea - Antibes
 30 et 31 mars 2017 : Filature - Mulhouse
 25 avril 2017 : Théâtre de Cornouailles - Quimper
 du 13 au 17 juin 2017 : Célestins - Lyon

François Bousquet
le 26/09/2016

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