du 26/04/2017 au 14/08/2017
Centre Pompidou,
Paris

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble que cette monographie soit la première rétrospective consacrée à Walker Evans en France, alors que le photographe est décédé il y a plus de quarante ans. Ses images de petites gens au moment de la Grande Dépression sont pourtant devenues des classiques, très fréquemment convoquées lorsqu’il faut illustrer la misère ou le dénuement. Au-delà de ces clichés, on était toutefois curieux de découvrir d’autres facettes du travail de l’États-Unien et l’exposition y parvient amplement.
Après une introduction dévolue à son passage en Europe, le parcours fait effectivement le choix d’un accrochage thématique permettant, en délaissant globalement toute approche chronologique, d’appréhender certaines constantes dans le travail de Walker Evans. C’est ainsi qu’on peut constater qu’il ne s’est pas uniquement intéressé aux personnes mais s’est également, et peut-être même surtout, attaché à divers signes typiques de la culture étatsunienne : enseignes, affiches, cartes postales, publicités, objets, rues principales (« Main Streets »), moyens de locomotion… Par-delà les années, le lien entre les différentes séries s’opère d’autant plus facilement que la scénographie de l’exposition propose des cloisons ajourées, grâce auxquelles le spectateur peut entrevoir une série lorsqu’il en regarde une autre. Pour regrouper tous ces sujets, le commissaire Clément Chéroux fait appel au terme de « vernaculaire », ici retenu comme « forme d’expression populaire ou commune employée par des gens ordinaires à des fins utilitaires ».
Le cheminement se trouve ainsi divisé en deux (« Le vernaculaire comme sujet » puis « Le vernaculaire comme objet »), avec au début de chaque séquence un espace où sont accrochés des objets collectionnés par Walker Evans lui-même. Le souci vient alors, comme ont pu le relever déjà plusieurs recensions consacrées à cette exposition, du fait que le terme « vernaculaire » finit par être utilisé, rabattu, remâché jusqu’à plus soif : sujet, méthode, objet, technique, etc… tout est désigné sous ce vocable, des maisons aux gens, des véhicules aux affiches. Les cartels débordent de cette expression et le parcours se termine par une section dans laquelle on nous indique que le vernaculaire se replie sur lui-même, étant à la fois objet et sujet ; évidemment, puisque tout est dans tout, sa réciproque est vraie également…
Si l’on parvient à passer outre (probablement ne faut-il pas lire tous les cartels), on se concentrera alors sur le regard posé par Walker Evans et, en contrepoint, sur les regards face objectif des paysans de l’Alabama. Sans misérabilisme, le photographe parvient à capter leur détresse mais aussi leur détermination, voire leur foi dans une possibilité d’amélioration de leur condition. Dans d’autres séries, peut également affleurer la dimension politique de l’États-Unien qui s’est, par exemple, concentré sur les conséquences néfastes de la modernité : multiplication des déchets, obsolescence des machines et constructions, productivisme à outrance, etc… Plus pertinentes que d’autres suites où il revendique ouvertement le fait de ne pas utiliser d’effets, de ne pas jouer sur les ombres, ni de mettre en scène ses sujets (autant de postulats qui finissent par tout neutraliser et créer une sorte d’uniformité), ces séries agissent comme utiles témoignages de l’americana voire, par métonymie, de notre époque.
le 09/08/2017