1993

 auteur

Aurélien Bellanger

 metteur en scène

Julien Gosselin

 date

du 09/01/2018 au 20/01/2018

 salle

Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers

 appréciation
 tags

Aurélien Bellanger / Théâtre de Gennevilliers

 liens

Théâtre de Gennevilliers

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D’Aurélien Bellanger, on apprécie fortement les livres, savantes traductions romanesques d’épopées technologiques ou liées à des grands projets (La Théorie de l’Information, L’Aménagement du Territoire), écrits dans une langue sachant manier efficacement la description technique comme l’art du portrait d’une société. C’est donc plein d’envie que nous nous rendions au Théâtre de Gennevilliers pour assister à 1993, première pièce du Français, écrite en lien avec Julien Gosselin, chargé de sa mise en scène, très remarqué pour ses mises au plateau de romans contemporains (Les Particules Élémentaires ou 2666) et dont nous n’avions pu voir encore de spectacle. Cette envie préliminaire semblait partagée par une bonne part du public venu en nombre et, autant l’indiquer tout de suite, la déception ressentie, par nous-mêmes comme par cette même bonne part du public (à en juger par les réactions saisies çà et là), fut à la hauteur de cette envie.

Censément centré autour de l’histoire de deux tunnels (celui construit sous la Manche dans les années 1990 et celui qui abrite le Grand collisionneur de hadrons - LHC -, cet accélérateur de particules entre France et Suisse inauguré en 2008), 1993 s’attache à l’Europe, vue comme un espoir à un moment et, à présent, terre de désillusions, notamment pour les migrants. Séparé en deux parties bien distinctes, le spectacle s’ouvre par Eurodance, dans laquelle des textes sont déclamés par des comédiens presqu’invisibles, alignés en front d’une scène plongée dans le noir, éclairés par l’arrière de néons clignotants. Dans la seconde partie (Erasmus), la reconstitution de soirée étudiante (alcools, canapés défoncés, rails de coke dans la cuisine) vire au lupanar avant de prendre une tournée plus tragique. La métaphore est ainsi assez lisible : de beaux discours (mémoires de Jean Monnet, discours de réception du Prix Nobel 2012 par l’Union Européenne), on passe à une fête désenchantée et à une fin dramatique.

Au-delà de ce constat de facilité de la fable, on éprouva quelques difficultés à appréhender un texte mixant donc niveaux de langage et sources : tubes des années 1990 récités (Ace of Base, 2 Unlimited), discours officiels, ouvrages de philosophie et apports d’Aurélien Bellanger lui-même. Si l’impression de collage ne se fait pas trop ressentir, le flot finit par noyer le spectateur déjà rendu aveuglé par les stroboscopes et néons, enfumé par la pyrotechnie et assourdi par la musique. À force d’effets, la mise en scène de Julien Gosselin devient ainsi tapageuse, à l’épate, tout juste bonne à en mettre plein les yeux : scènes de sexe quasi-non simulées, filmage en direct et projection sur très grand écran au-dessus du plateau, mélange des langues étrangères, etc…

Alors que le texte ambitionnait certainement de réaliser un portrait générationnel, il ne fait finalement pas grand-chose du rapprochement initial entre percement du Tunnel sous la Manche, ouverture du LHC et chute du communisme, rapprochement un peu forcé quand on prend conscience des décalages temporels. La fougue des comédiens (issus du Groupe 43 de l’École du Théâtre National de Strasbourg) ne se dément certes pas (même si leurs forts accents français les trahissent trop quand ils interprètent des étudiants étrangers) mais tourner sans cesse autour des écrits de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire ne suffisait assurément pas à bâtir une véritable pièce.

Autres dates :
 24 et 25 janvier 2018 : Théâtre Thalia - Hambourg
 16 et 17 mars 2018 : Phénix - Valenciennes
 du 26 mars au 10 avril 2018 : Théâtre National de Strasbourg
 du 17 au 21 avril 2018 : Théâtre de Liège
 du 16 au 18 mai 2018 : Théâtre Vidy-Lausanne
 15 et 16 juin 2018 : Printemps des comédiens - Montpellier

François Bousquet
le 13/01/2018

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