Alexandra Badea
Anne Théron
du 02/05/2018 au 26/05/2018
Théâtre de la Colline,
Paris
Moins de deux mois après Mondes, vu (et guère apprécié) au Théâtre de la Cité Internationale, une autre occasion nous est donnée de voir un spectacle d’Alexandra Badea. Avec À la Trace, il ne s’agit plus de se confronter au monde tel qu’il va, en le mettant en parallèle avec une histoire d’amour, mais de s’attacher aux relations familiales, et singulièrement entre mère et fille. C’est ainsi qu’on suit Carla, jeune femme d’une vingtaine d’années, en quête d’une certaine Anna Girardin, qu’aurait connu son père ; tandis qu’elle croise plusieurs hypothétiques Anna, une autre Anna parcourt le monde, échangeant avec de potentiels amants par messagerie vidéo instantanée.
On touche alors à l’une des grandes qualités du spectacle, avec l’incursion de la vidéo : en effet, les interventions des quatre hommes ont été filmées en amont du spectacle et sont projetées sur un écran à facettes tendu devant un grand praticable séparé en cases, qui délimitent les diverses chambres et lieux de vie de toutes les Anna. Dialoguant à double distance (spatiale et temporelle) avec ces hommes, Nathalie Richard parvient à faire exister ces échanges doublement virtuels, jusqu’à se trouver au milieu de l’image, toute en proximité avec ces êtres qu’elle ne touchera jamais.
Pour le reste, la pièce se fait un peu trop lisible, insistant trop sur le fait que, dans une recherche, c’est davantage le parcours qui importe plutôt que l’objectif final ; au surplus, le spectateur peut déduire assez rapidement la résolution dramaturgique (bien aidé par le programme de salle qui évente tout suspense par la manière dont il nomme les différents personnages). Clara peut alors se confronter aux quatre Anna, toutes interprétées par la même Judith Henry, passant aisément d’une composition à l’autre, on sait par avance ce qu’il va advenir de ces rencontres (la jeune femme elle-même finit par s’en douter avant d’échanger avec l’une ou l’autre).
Si la mise en scène d’Anne Théron parvient donc intelligemment à intégrer les vidéos, son usage systématique d’amplification des voix peut gêner, si bien qu’au début, on se demandait même si Liza Blanchard (qui joue Clara) ne faisait pas du play-back, tout comme le fait que l’action se déroule souvent derrière des vitres ou des panneaux servant de supports aux vidéos, comme autant de filtres mettant un peu à distance le spectateur. Restent cependant indéniablement d’intéressantes réflexions sur la parentalité (côté maternel) et sur l’expression des sentiments.
le 14/05/2018