du 05/06/2018 au 23/09/2018
Jeu de Paume,
Paris
Célèbre pour son Conical Intersect, cette intervention filmée dans laquelle il découpa deux immeubles en passe d’être démolis lors du chantier de construction du Centre Pompidou, en 1975, Gordon Matta-Clark bénéficie d’une exposition personnelle au Jeu de Paume. Offrant naturellement un espace privilégié à cette œuvre, les commissaires la placent en vis-à-vis (la cloison principale les séparent) de Day’s End, projet de la même année mais situé à New-York. L’États-Unien y découpa également un building, en bordure de l’Hudson, sur un quai abandonné à la suite de l’effondrement d’une autoroute urbaine. Les deux propositions dialoguent évidemment : le travail sur la section du bâtiment est proche, comme la volonté de montrer ce qui est caché et de mettre en majesté les espaces interstitiels. Pourtant, l’une ouvre sur un quartier en déconstruction-reconstruction tandis que l’autre donne sur le fleuve et la lumière ; on peut ici y trouver une forme d’ironie car l’imaginaire collectif ferait plutôt de New-York la ville très construite et en travaux perpétuels.
L’actualité toute récente apporte aussi une résonance à la seconde des deux créations, avec la chute du Pont Morandi de Gênes, autre autoroute urbaine décriée, manière de se rappeler que les débats sur la densification, les transports et la reconfiguration des cités sont des invariants de nos civilisations contemporaines. Ce constat traduit assurément la réussite de ces recherches de Gordon Matta-Clark qui, par ailleurs, se montre moins convaincant dans ses travaux sur les graffitis, d’autant plus que l’exposition ne montre pas vraiment de photographies de son camion recouvert de tags avant d’être vendu à la découpe.
L’États-Unien retrouve toute sa pertinence quand il se concentre sur les constructions, leur histoire et leurs traces : Bronx Floors (série de clichés sur des immeubles abandonnés dont il découpa les parquets) et Sous-sols de Paris (sorte de « carottages » dans lesquels il superpose verticalement des photos représentant un lieu parisien - l’Opéra Garnier, une cave… - ses étages inférieurs, ses soubassements, son sous-sol, etc…). Plus encore, Matta-Clark put croiser ce travail de forage avec l’intime, descendant dans les tréfonds de la Galerie Yvon Lambert pour un hommage à son frère, mort défénestré (Descending Steps for Batan (Yvon Lambert Gallery)).
Mais le plasticien ne fut pas toujours aussi grave et sut donc déployer une forme d’humour, auquel on ne le relierait pas forcément et qui se trouve exacerbé dans Clockshower, vidéo où il se rase et se lave, accroché aux aiguilles d’une grosse horloge et s’aidant de jets d’eau, dans un registre très burlesque. Le choix de projeter cette vidéo sur la cloison extérieure de l’exposition se fait toutefois topique d’une limite de cette dernière, peut-être un peu trop courte alors qu’elle se veut rétrospective (elle ne présente ainsi pas les travaux réalisés en Italie), ni n’allant au-delà des œuvres même de Gordon Matta-Clark (peu sur sa personnalité, le contexte artistico-politique de l’époque ou bien les échos dans des travaux actuels des créations de celui qui disparut en 1978, à 35 ans). Mais, pour cela, il aurait fallu occuper davantage que le simple rez-de-chaussée du Jeu de Paume…
le 29/08/2018