(Karaoke Kalk / La Baleine)
14/09/2018
Rock

Dag Rosenqvist / Dakota Suite / Emanuele Errante / Jasper TX / Karaoke Kalk / Slowcore
À force de multiplier les collaborations, c’est à se demander si Dakota Suite compte un jour ressortir des albums solo. Preuve en sont les cinq dernières années, où l’Anglais n’aura publié que des disques en commun, recensés globalement avec bonheur et intérêt sur ces pages. Au surplus, la variété de ces collaborations lui permet de se renouveler, trouvant des accointances tantôt néo-classiques, tantôt plus expérimentales. Pour le trio qu’il forme avec Dag Rosenqvist et Emanuele Errante, Chris Hooson opte pour une forme de slowcore, soutenue par son chant toujours aussi profond et empreint d’une grande émotion.
Cette profondeur, ce caractère feutré et cette forme de mélancolie se retrouvent aussi dans les instrumentations, à l’image de l’intervention du saxophone de Lisen Rylander Löve (qu’on a plaisir à retrouver après la séparation, en 2015, du groupe suédois Midaircondo dont elle faisait partie) ou de la clarinette de Johanna Hooson. Au-delà de cette coopération musicale, l’épouse de l’auteur principal de l’album est, une nouvelle fois, très présente puisque les paroles du disque lui sont grandement dédiées, tournant autour de la reconnaissance envers ceux qui vous aiment. On se souvient que, par le passé, le Britannique avait déjà eu l’occasion de narrer cette relation amoureuse, leur rencontre et la manière dont Johanna avait changé sa vie. Là encore, on trouvera une belle constance dans la discographie de Dakota Suite, comme dans le visuel de pochette (une photographie réalisée par Johanna), jouant joliment sur des effets de flou et de gros plan.
Les apports de Dag Rosenqvist et Emanuele Errante ne doivent toutefois pas être négligés, entre présence du piano du premier et concours électroniques (field recordings, nappes et textures) du second. Ce sont leurs participations qui font la singularité de What Matters Most, au regard d’une discographie assez homogène pour ses travaux en solo : emmenant parfois la fin d’un morceau vers des rivages quasi-saturés (Now I Am Lost ou I Survive Only In Someone Else), dotés d’une belle granulosité, ou bien renforçant le caractère onirique du disque par l’emploi de samples semblables à une légère averse (Broken Things Are The Glue Of The World), le Suédois et l’Italien favorisent donc assurément ce renouvellement que Dakota Suite perpétue, au gré des rencontres. Autre compagnonnage qui trouve ici un relais, celui avec Quentin Sirjacq se trouve prolongé par l’intervention du Français au vibraphone. Quand autant de qualités et de talents se trouvent réunis sur un album, dans un contexte où on était déjà fort client du travail de son auteur, on tient de toute évidence une réussite certaine.
le 20/11/2018