31/03/2019
Lafayette Anticipations,
Paris
Créé en 2015 par Nils Frahm, le Piano Day se tient normalement le 88e jour de l’année (soit le 29 mars, pour 2019) mais, rançon du succès, il déborde, en vérité, sur toute la semaine (et même au-delà) pour proposer, tout autour du monde, des concerts centrés sur ce clavier. Pour notre part, ce fut une première (alors qu’il s’agit de la sixième édition), première qui en fut également une pour Émilie Levienaise-Farrouch qui ne semble s’être jamais produit dans la capitale auparavant, exilée qu’est à Londres la Française qui a trouvé asile sur 130701 pour publier ses deux albums. Au reste, c’est sur la compilation anniversaire de ce sous-label de FatCat qu’on avait découvert la musicienne qui se produisit ce dimanche ensoleillé, dans l’atrium baigné de lumière de Lafayette Anticipations, lieu ouvert par le grand magasin en plein Marais, et dédié à des expositions.
Face à un public sage et attentif, à peine perturbé par les personnes mangeant des salades de graines de chia et buvant de l’eau de coco sur les tables voisines, la jeune femme débuta son concert peu après 15h, en lançant quelques pépiements d’oiseaux et bruissements du vent dans les arbres depuis son ordinateur, tandis que ses doigts attaquaient son clavier. Un peu crispée sur les deux premiers titres, sa main droite tenait une position un peu scolaire, qu’on mettra sur le compte de l’appréhension légitime dans un début de prestation. Le troisième titre vit Émilie Levienaise-Farrouch pleinement rentrer dans son concert, à la faveur d’une suite d’intervalles, mélodiques et renversés, joués dans les médiums par la main droite. Dans le même temps, la main gauche allait et venait au-dessus de l’autre, cherchant tantôt des notes plus profondes et graves, tantôt des petites interventions aigues.
Une plus grande richesse harmonique en résulta alors, de même qu’une intéressante inversion de la perspective par rapport à la tradition voulant que l’accompagnement soit plutôt exécuté à la main gauche. Ainsi lancée, sa prestation resta dans cette bonne tonalité, ayant recours à nouveau, et pour le meilleur, à des apports préenregistrés. C’est ainsi qu’une lecture d’un passage de L’Amour de Marguerite Duras, par l’autrice même, fut accompagnée de nappes et d’accords de piano à la résonance tenue, rythmant la lecture, ou que le dernier titre fut l’occasion d’introduire des mini-textures synthétiques en complément du clavier.
le 04/04/2019