Wajdi Mouawad
Wajdi Mouawad
du 09/05/2019 au 21/06/2019
Théâtre de la Colline,
Paris
Alors que l’artiste a pris la direction de la Colline depuis trois ans, et qu’il y monte régulièrement ses nouvelles créations, nous n’avions pas vu depuis longtemps de pièces de Wajdi Mouawad. Il est vrai qu’après avoir assisté à plusieurs représentations des dramaturgies du Libano-Québécois, on a laissé passer plusieurs années, un peu lassé par le ressassement des mêmes thématiques dans son écriture. Avec Fauves, il s’agit de suivre Hippolyte, la cinquantaine, qui n’arrive pas à clôturer le montage de son film quand il reçoit un appel lui indiquant que sa mère est en train de mourir.
Somme souvent chez Mouawad, cet élément déclencheur va inciter son personnage principal à remonter le fil de sa vie, à en explorer les plis et recoins, ainsi qu’à voyager pour aller aux sources de son histoire familiale. Apparaissent alors sur le plateau les habituelles obsessions de l’auteur : exil et déplacements de populations consécutifs à des guerres, liens familiaux tus ou perturbés, croisements filiaux introduits par surprise, etc… Le lecteur qui a déjà vu une pièce précédente du dramaturge (ou vu Incendies au cinéma) reconnaîtra aisément ces motifs, agissant une nouvelle fois comme une réécriture de canevas proches de la tragédie grecque : trahisons, méprises sur les origines, déterminisme et poids du fatum.
Pour mettre en scène son propre texte, Wadji Mouawad a mis en place un procédé de flashes-backs et reprises des mêmes scènes, servi par un décor fait de cloisons mobiles (très mobiles même, tellement elles sont manipulées). S’installe ainsi une double mise en abyme trop ostentatoire et soulignée puisqu’Hippolyte monte son film, faisant rejouer plusieurs fois la même séquence par ses comédiens, mais en les interrompant pour couper, tandis que les scènes où il rencontre son notaire, son fils ou d’autres membres de sa famille sont également jouées à de nombreuses reprises. Ces réitérations se font toutefois dans un ordre différent, avec des angles différents au gré des positionnements des cloisons mobiles ; cependant, contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire avec ce genre de mécanisme, il n’y a pas ici de changement de point de vue et l’artifice apparaît alors comme gratuit et beaucoup trop répétitif (surtout dans la première partie du spectacle).
En parallèle, la forme de surenchère de retournements et de coups de théâtre, à laquelle le spectateur assiste, finit par instiller un suspense un rien malsain, poussant le public à se montrer dans l’attente de la prochaine révélation, encore plus saisissante, voire glaçante, que la précédente. Alors que ses comédiens (Jérôme Kircher en tête, dans le rôle d’Hippolyte) s’en tirent plutôt correctement, à la limite toutefois de l’utilisation comme simples marionnettes aux mains d’un démiurge, Wajdi Mouawad parvient assurément à tenir son public par ses talents de conteur, mais gagnerait peut-être à explorer d’autres champs narratifs.
le 05/06/2019