14/05/2005
Cirque Royal,
Bruxelles
Nous avons attendu le dernier week-end pour profiter des fameuses Nuits Botanique, désormais chronologiquement l’un des premiers "gros" festivals de l’année. Pour intéressante qu’elle soit, la programmation de cette année ne faisait pas la part assez belle aux musiques électroniques selon nous. Mais ce soir, l’occasion nous est donnée de découvrir Vive la Fête en live et de voir, avec un peu d’appréhension, ce que donne Human League en 2005, avant d’assister demain à la performance de Fennesz et Scanner.
La belle salle du Cirque Royal est bien pleine, en tout cas dans le parterre. La soirée commence avec le duo belge francophone Soldout, dont le premier album Stop Talking vient de sortir sur le label Anorak Supersport, précédé de l’efficace single I Don’t Want to Have Sex With You. Efficaces, tous les morceaux le sont, dans un pur style électro dansante et sans fioritures. Cà et là, de jolies mélodies synthétiques pointent sous un rythme un peu trop uniformément martelé, sur lequel perce le chant de Charlotte qui fera preuve d’une bonne présence scénique. C’est sympathique, sans prétention, ça ne casse pas trois pattes à un canard mais ça se laisse agréablement écouter.
Le dispositif de Human League est ensuite découvert et, après une attente d’une demi-heure, Phil Oakey et ses comparses font leur entrée. Petite émotion, inévitable, en l’entendant annoncer qu’il est heureux de retrouver une ville où ils ont joué pour la première fois en... 1977, soit l’année de leurs débuts, en pleine vague punk. Indéfectiblement attaché à toute la scène synth-pop des eighties, nous étions impatient de voir ce que donnerait le son Human League en 2005. De ce point de vue, ce fut une déception : un son énorme, beaucoup trop fort, gorgé de basses inutiles et dépourvu de la subtile finesse qui fait le charme des morceaux du groupe de Sheffield. Visuellement, ce ne fut guère enthousiasmant non plus, même si le dispositif sobre sur estrade avait de la gueule. La voix de Phil Oakey, réputé pour sa classe tant visuelle que vocale, n’a pas vraiment changé, avec son timbre si caractéristique, mais il eût pu s’épargner de gambader en permanence d’un bout à l’autre de la scène. Et surtout, les deux chanteuses, Susanne Sulley et Joanne Catherall, ont pour leur part offert un spectacle assez désolant en se dandinant vulgairement, changeant deux fois de tenues dans le plus pur style paillettes de bazar et, surtout, révélant un registre vocal bien limité, palpable notamment lors de leur reprise à deux voix de Just Be Good to Me.
Que reste-t-il, alors ? Les chansons, pardi. Et là, nous fûmes comblé puisque ce concert pris l’allure d’un best of - forcément, le groupe n’ayant plus d’actualité discographique depuis le décevant Secrets paru en 2001. Tous les tubes y sont passés, de Mirror man à Human et de Tell Me When à Love Action, en passant par l’incontournable Don’t You Want Me, le très cold-wave Being Boiled et une fort bonne version de Together in Electric Dreams en rappel. On naviguait en terrain éminemment connu et c’est toujours un plaisir d’assister à un concert où l’on connaît bien quasiment tous les morceaux interprétés. Les lignes de synthé typiques surnagent bien, les synthés se font parfois portatifs, une guitare intervient épisodiquement, le tout ponctué de percussions électroniques. On a vraiment envie d’être enthousiaste, mais on n’y parvient pas.
En effet, non seulement le son était franchement rebutant, mais le groupe ne se livra pas à la moindre originalité sur le plan de l’instrumentation. Le public a du reste dû ressentir une impression mitigée car, bien qu’étant en majeure partie venu pour eux et hormis une poignée de fans hardcore (dont l’un a brandi le vinyle de Dare ! pendant une bonne partie du concert), on s’attendait à une ambiance nettement plus expansive. Comme nous le craignions un peu, c’est donc une impression de relative déception que nous ressentons, à laquelle s’ajoute l’absence au programme de Louise et Life on Your Own, deux de nos morceaux préférés.
Pour l’ambiance, on se rattrapera avec Vive la Fête qui a, comme l’on dit, "mis le feu" au Cirque Royal. Il faut dire que le groupe flamand, fort de 4 albums déjà, jouit d’une indéniable popularité dans et au-delà de nos frontières. Dès le premier morceau, ça bouge bien, et à la fin, tout le monde danse, des premiers rangs aux balcons. Et ça se comprend : le duo (à la ville comme à la scène, tout comme Soldout, du reste) composé de Danny Mommens (ex-dEUS) et Els Pynoo, augmenté d’un backing band en concert, délivre une électro-trash-pop survitaminée et jouissive qui, pour n’être ni très subtile ni très variée, atteint son but : l’hédonisme dansant. Les morceaux imparables s’enchaînent, immanquablement construits autour d’une rythmique martiale que l’on pourrait taxer de bourrine, sur laquelle Els psalmodie d’un air faussement détaché des paroles françaises pas toujours extrêmement signifiantes auxquelles son accent flamand confère une couleur "belge" assez inimitable. Dans le mille, si pas de la musicalité, au moins des pieds qui bougent et du sourire aux lèvres ; second degré, tonique et exécuté avec une belle maîtrise.
DJ Morpheus, qui montra, lors des intervalles, qu’il sait fort bien passer de l’ambient groovy qui caractérise les formidables compilations Freezone au son électro actuel, s’employa ensuite à faire survivre la fête, cependant qu’une vive envie nous prit, sur le chemin du retour, de nous replonger dans les albums de Human League période 1979-1986.
le 15/05/2005