Benoît Lambert & Emmanuel Vérité
Benoît Lambert & Emmanuel Vérité
du 01/04/2019 au 19/04/2019
Théâtre de la Cité Internationale,
Paris
Entre performance et one-man-show, et après s’être attachés à la figure de Marcel Proust, Benoît Lambert & Emmanuel Vérité réactivent leur personnage de Charles Courtois-Pasteur, interprété par le second d’entre eux. Affublé d’une chemise hawaïenne et d’une fausse moustache, le comédien se mue en passeur un peu potache, ne se prenant pas vraiment au sérieux, mais ambitionnant de passer en revue Tout Dostoïevski en une heure.
Face à cette aporie, on se rend bien vite compte que l’écrivain russe sert à l’évidence de prétexte et se trouve rapidement mis de côté, pour laisser place à des digressions lorsque « Charlie » raconte un rêve passé ou narre ses souvenirs de feuilletons télévisés. Au final, seuls deux ouvrages seront, en réalité, évoqués : Crimes et Châtiment et Les Frères Karamazov (« qui sont quatre comme les Trois Mousquetaires »). Ce jeu de mots donne une idée des quelques facilités auxquelles écriture et jeu se laissent parfois aller : tutoiement du public pris dans sa globalité, spectatrice invitée à monter sur scène, moquerie sur le nom de Raskolnikov (« À quoi pensent les parents quand ils appellent leur fils Raskolnikov ? »), distribution de mini-gobelets de vodka dans le public, etc…
Á côté de ces artifices un peu commodes, Emmanuel Vérité appelle quelques références vintage (l’inspecteur Columbo, largement convoqué, Gloria de John Cassavetes) qui, de manière assez touchante, renforcent le caractère gentiment décalé, voire un peu désuet ou vieillot, de l’ensemble. C’est même quand il se recentre sur les romans, et entreprend de rapporter l’histoire et le décès du petit Ilioucha dans Les Frères Karamazov, que se trouve le passage le plus poignant, et peut-être le plus sincère du spectacle (même si, une nouvelle fois, le comédien ne peut s’empêcher de chercher un peu trop l’émotion, en jouant sur le contraste avec le reste de la pièce).
le 31/05/2019