du 21/05/2019 au 29/06/2019
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Artistes de la même génération (elles sont nées à quatre années d’écart), attachées toutes deux à la vidéo autour de laquelle elles aiment constituer une certaine théâtralité, parfois un peu chargée, Marie Losier et Pauline Curnier Jardin étaient tout à fait à même de proposer une exposition conjointe. La Fondation d’Entreprise Ricard leur offre cette possibilité, prolongeant son compagnonnage avec la seconde créatrice, sélectionnée en 2017 pour le Prix de la Fondation tandis que, pour notre part, nous avions découvert Marie Losier en 2011, au défunt festival Paris Cinéma où elle présentait son premier long-métrage, consacrée à Genesis P-Orridge.
Cet attrait pour les figures atypiques se poursuit ici, avec Felix in Wonderland, sorte de fable-portrait de Felix Kubin dont sont présentées quelques clichés de tournage, costumes et photos présentées dans des caissons lumineux. Précisément, l’intérêt du travail ici exposé réside dans la manière dont il est montré : mise en place d’un décorum autour du film L’Oiseau de la Nuit, boîtes à films accessibles par un judas, des yeux découpés ou un peu de fourrure, caissons lumineux positionnés en hauteur comme s’il s’agissait d’enseignes de magasins, vidéo projetée sur un gâteau à la crème de vanille (!). Cette forme renvoie ainsi intelligemment au fond puisque la théâtralité est donc très souvent présente dans les films et images de Marie Losier : personnages un peu extravagants, couleurs saturées, foisonnement d’accessoires, caractère débridé du récit, etc…
De son côté, Pauline Curnier Jardin est surtout présente par une grande installation, intitulée Solo pour Geneviève : une petite estrade, dotée de part et d’autre de tentures aux motifs argentés tombant de cintres, permet à Geneviève, vieille dame filmée en train d’esquisser quelques pas de danse après s’être levée de son fauteuil à l’aide de sa canne, d’apparaître en majesté, au milieu de cet apparat. L’aspect légèrement grotesque du cérémonial se trouve alors atténué par le caractère touchant qu’il y a à observer la sénior ; ici aussi, forme et fond dialoguent donc savamment.
le 02/07/2019