(Gizeh Records / Import)
10/05/2019
Rock

Poursuivant leur alternance entre projet collaboratifs (avec Sylvain Chauveau ou Rachel Grimes) et disques dans lesquels les Français sont seuls aux commandes, les quatre musiciens d’Astrïd livrent un nouvel album où ils sont les uniques intervenants, Cyril Secq se chargeant même de l’enregistrement et du mix, dans leur studio nantais. Pourtant, pas de repli sur soi mais une fenêtre ouverte sur l’extérieur, à l’image de ce que l’intitulé laissait augurer, avec ce premier volet d’un diptyque voulu comme des « hublots », donc, vers les abysses, ce premier album vers celles des fonds marins, tandis que le second, à venir, s’orientera vers les cieux.
Cette orientation marine et tournée vers les profondeurs se traduit, sur les quatre longs morceaux du disque, uniquement disponible en vinyle pour le format physique, par une forme de concentration du son, très resserré autour des quatre Français, très contenu mais sans donner l’impression d’évoluer en vase clos. Poursuivant la métaphore que nous incite à filer la thématique du disque, c’est comme si on se trouvait dans un sous-marin en train de plonger toujours plus loin et qu’une mélancolie toujours plus forte sourdait des compositions du quatuor. Le violon de Vanina Andreani, la clarinette de Guillaume Wickel, la guitare acoustique de Cyril Secq et les frappes sur les toms d’Yvan Ros participent ainsi de ce sentiment, se laissant aller à une sorte de divagation pendant que les chœurs des quatre Français résonnent au loin, comme une complainte de marins voyant la terre s’éloigner encore et encore.
Peut-être moins ample que certains de ses prédécesseurs et, partant, moins impressionnant et virtuose, A Porthole (1) confirme cependant assurément les qualités d’Astrïd qui, une nouvelle fois, trouve cet exact point d’équilibre entre post-rock et musique de chambre. Sous ce rapport, l’intégration d’une harpe (jouée par Guillaume Wickel), le détachement du violon de Vanina Andréani ou les accords pincés de six-cordes de Cyril Secq tissent une forme de délicatesse un peu surannée mais pas datée. Et, même lorsque des frappes au balai se font plus marquées, au milieu du caudal Maërl, les Français conservent cette mesure, ne versant pas dans un lyrisme débridé, toujours maitres de leur équilibre et tenant leur ligne, belle et intacte.
le 17/07/2019