du 05/06/2019 au 25/08/2019
Maison Européenne de la Photographie,
Paris
Décédé en septembre 2018, Henry Wessel avait eu le temps de préparer la monographie que lui consacre la Maison Européenne de la Photographie cet été. À cet effet, il avait parcouru ses archives, pour sélectionner plusieurs dizaines d’épreuves, destinées à constituer trois séries en noir et blanc, présentées dans trois pièces différentes du lieu parisien, permettant de saisir le travail de celui qui ne se départit jamais d’une dimension narrative dans ses sujets choisis et dans leur agencement.
Incidents, séquence d’images « sans paroles », comme le souhaitait l’États-Unien, aligne donc 27 photographies, sans descriptions ni légendes, sans lien apparent entre elles. Pourtant, à la manière d’un simili-storyboard (auquel l’accrochage à hauteur des yeux, dans l’enfilade des cimaises, laisse aussi penser), une forme de récit se fait jour, comme si quelque chose se racontait ou s’il fallait que le spectateur remplisse les trous romanesques entre deux clichés. Même attachement aux fictions dans la série qui donne son nom à l’exposition. Originellement pensée pour constituer un livre, cette séquence a été découpée en sous-sections et montrée à des auteurs de romans policiers pour qu’ils écrivent une nouvelle à partir des images. Le travail de sélection opéré dans ses archives par Henry Wessel (parmi tous les panoramas du quotidien étatsunien qu’il avait saisi), dans la perspective décrite, l’a naturellement conduit à retenir tous les clichés attachés au roman et au film noirs : route désertique bordée de sable, cabine téléphonique perdue au milieu de nulle part, voiture défraichie, tube néon isolé, couloir sans fin, hommes aux costumes rayés et lunettes noires, chambres miteuses de motel, etc…
N’apportant ici pas grand-chose de plus qu’une illustration quasi-tautologique du registre, Wessel s’était aussi attaché à la ville de Santa Monica et ses secteurs résidentiels. Sur quatre ans, il se leva ainsi régulièrement à 3h30 du matin pour capturer les pavillons de nuit, sans êtres humains, ni animaux autour. Le caractère censément inquiétant qui devrait ressortir de la série Sunset Park se trouve, en vérité, un peu raboté par le fait que, bien que prises nuitamment, les photographies se restent étrangement très lumineuses, entre l’éclairage sous les marquises des pavillons, ou provenant de leurs intérieurs, mais aussi l’illumination naturelle de la lune qui semble bien forte pour cette heure avancée. Restent toutefois les ombres des différents arbres, rendues démesurées par ces différentes sources lumineuses, seuls aspects étranges justifiant la monstration de cette série.
le 12/08/2019