du 29/05/2019 au 26/08/2019
Centre Pompidou,
Paris
Tenue dans la Galerie 3 du Centre Pompidou, lieu où se tiennent la plupart des monographies consacrées aux plasticiens vivants, la rétrospective dédiée à Bernard Frize nous permet de retracer l’intégralité du parcours du Français, depuis ses débuts, il y a plus de quarante ans. Sans être chronologique, l’accrochage se trouve sectionné en six séquences, thèmes choisis par l’auteur : avec déraison, sans effort, avec système, sans système, avec maîtrise et sans arrêt. Assez fonctionnels, ces intitulés témoignent bien de la volonté un peu didactique du parcours, explicatif sans être infantilisant, fondé sur des cartels dans lesquels le peintre lui-même présente la technique retenue.
En effet, tout au long de sa carrière, Bernard Frize s’est attaché à explorer diverses techniques et divers outils pour réaliser ses peintures : toupette (brosse ronde), brosse dont il a découpé des poils pour créer deux espaces vides, trainard (pinceau très fin), rouleau à peinture, pistolet, etc… Cherchant à varier son propos grâce à ces changements d’ustensiles, il a aussi pu s’amuser à convoquer des mécanismes non conventionnels (Suite Segond 120F, exécuté grâce à la superposition de disques de peinture qui sont, en vérité, la croûte formée sur le dessus d’un pot non refermé) ou bien à croiser outil et technique pour, par exemple, convoquer le mode d’emploi du pistolet alors qu’il maniait une brosse. Même si le processus est donc capital et se trouve à l’origine de chaque création, parfois réalisée à cinq ou six personnes en même temps, la technique ne prend jamais le pas sur l’artistique ; de fait, ses toiles démontrent une pleine valeur esthétique et suscite une vraie satisfaction du regardeur, captivé ou perdu dans les méandres des tracés.
La section « sans arrêt » est la plus iconique du travail du Français, avec ses tracés s’enroulant sur eux-mêmes, souvent réalisés d’un seul geste (sans arrêt, donc), travaillant sur l’épuisement des pigments au fur et à mesure du tracé, mais aussi sur l’idée d’une boucle continue façon ruban de Möbius, puisqu’arrivée et départ se rejoignent souvent. Avec ses couleurs souvent pastels, ses formes hélicoïdales ou simplement horizontales et verticales, Bernard Frize a réussi à se faire immédiatement identifiable bien que sa carrière ne se limite pas à ces toiles emblématiques. L’exposition (comme celle vue il y a quatre ans à Lisbonne) le démontre bien, allant chercher des toiles aux gestes moins préparés, plus aléatoires (Aikogi, Drexel, Burnham & Lambert) qui convainquent toutefois moins car trop frustres et presque « baveuses ». Au-delà de la section précitée, on se dirigera donc plutôt vers les réalisations où il joue sur les effets de volume, à la jointure entre début du geste et fin du geste (Piso), quand il tord la perception en créant une sorte de flou par son usage du pistolet (Oma) ou bien en inclinant légèrement ses lignes horizontales (Mailles).
le 21/08/2019