22/08/2019
Concert en appartement
Mois traditionnellement assez calme pour les concerts en région parisienne, août donne l’occasion d’explorer des formes plus confidentielles, à l’image des concerts en appartement, mécanisme qui continue de prospérer, organisés par des collectifs plus ou moins éphémères. C’est dans un loft de Charenton-le-Pont, au milieu d’une vingtaine de personnes, qu’on se rendit donc en ce jeudi soir pour deux propositions entre ambient, improvisation et electronica. Sans éclairage artificiel, bénéficiant simplement de la lumière déclinante du jour par la baie vitrée, les deux sets se succédèrent sans interruption aucune, face à un public attentif et respectueux de ce dispositif.
Pour débuter, on retrouvait aAirial, musicien dont on se souvenait d’un EP chroniqué en 2011 et d’un concert (aussi en appartement, d’ailleurs) recensé ici en 2013. Depuis, le Lorrain s’est installé en région parisienne et a continué de publier, sans qu’on ait le loisir de s’y attacher à nouveau. L’écoute de quelques morceaux, en amont de ce concert, nous laissait imaginer un registre néo-classique mâtiné d’ambient ; en vérité, le Français opéra dans une pure electronica, aux accents très « début de siècle », ce qui ne fut pas pour nous déplaire. De fait, après un titre introductif dans lequel un récit en anglais était accompagné de nappes, des pulsations et mélodies oniriques firent leur apparition pour un excellent résultat fait de rythmiques superposées et de ravissant chromatisme.
Croyant reconnaître les matériaux utilisés par aAirial dès leur arrivée, cette familiarité nous donna, de surcroît, le sourire aux lèvres, dans un effet de retour sur une musique toujours aussi agréable. Quelques éléments plus pointus et aigus, ou bien des atours volontiers mélancoliques, furent également convoqués par le musicien, assis par terre derrière une table basse sur laquelle reposait son laptop et ses machines. Ces trente minutes furent ainsi pleinement réussies, presque trop courtes même.
Dans la foulée, les deux musiciennes de Madame Rêve s’assirent sur des chaises, au milieu du salon. Projet assez récent, né de la rencontre de deux intervenantes sur un album d’Akira Rabelais, ce duo voit Milena Skriabine opérer à la voix et au sampler tandis que Karen Vogt se charge des vocalises et de la guitare. Pendant que la première répète les mêmes paroles, dans un spoken word agrémenté de delay, entre poésie en prose et micro-récit (« Je veux te faire ce que le printemps fait aux cerisiers » dit en espagnol, français et anglais), la seconde alterne arpèges et jeu en fade in et fade out, installant un arrière-plan propice.
L’ensemble sembla cependant manquer de variété et la formule se répéta trop rapidement, n’allant pas chercher suffisamment de différences instrumentales ou dans la construction des morceaux. Indéniablement, l’interaction entre les deux membres de Madame Rêve était intéressante, mais la voix de Karen Vogt était peut-être sous-exploitée quand on connaît la belle profondeur de celle de la chanteuse d’Heligoland. Étalé dans la durée mais profitant pleinement des bonnes conditions d’écoute pour déployer son ambient, le set était toutefois cohérent et plutôt prometteur.
le 27/08/2019