Svetlana Alexievitch
Emmanuel Meirieu
du 12/09/2019 au 02/10/2019
Théâtre des Bouffes du Nord,
Paris
Publié en 2013, La Fin de l’Homme Rouge avait permis de mettre un peu plus en lumière le quotidien du temps de l’URSS, par la compilation de paroles recueillies par Svetlana Alexievitch pendant plusieurs années, captant des récits qui disent aussi bien la fascination que l’embrigadement pour ce régime, de la part de ceux qui y ont vécu (mère de famille, ancien enfant battu, conscrit, technicien sur la zone de Tchernobyl). Sélectionnant une demi-douzaine de témoignages, Emmanuel Meirieu les transpose sur scène, dits tour à tour, par de longs monologues, par des comédiens se relayant sur un plateau très signifiant.
De fait, le public se trouve face à un désastre (parquet défoncé, carcasse de voiture, meubles sens-dessus-dessous, monticules de sables, morceaux de ferraille usée, papiers jonchant le sol, rideau tenant péniblement) qui résonne naturellement avec la chute de l’Union Soviétique et le délabrement des êtres. Au surplus, les murs décrépis du Théâtre des Bouffes du Nord, sur lesquels sont projetées images et vidéos, renforcent l’impression d’être face à des résidus de quelque chose de très lointain. Dans ce contexte, les mots nous sont transmis avec force et conviction par les sept comédiens, accompagnés du caractère précis, voire anecdotique, mis lorsqu’on narre des expériences personnelles passées. En ressort alors le sentiment que, malgré les tortures, l’endoctrinement ou les graves désillusions, il demeure une forme de fantasme de ce qu’aurait pu être cette tentative de civilisation si elle avait réussi, comme si chacun ne pouvait véritablement se résoudre à ce que tout cela ait échoué. À ce titre, le fait de terminer par le monologue d’André Wilms, à l’amour du Parti chevillé au corps, racontant les « samedis rouges » avec émotion et nostalgie, n’est probablement pas innocent.
Dans certains autres témoignages, le lien avec le régime soviétique se fait parfois plus ténu, à l’image d’Anouk Grinberg, première intervenante, venue narrer le suicide de son fils, Igor, à 14 ans, survenu un an après la chute de l’URSS. Hormis cette borne temporelle, rien ne relie les deux événements et l’insertion de ce récit interroge, jusqu’à ce que le meilleur ami d’Igor n’arrive et ne s’arrête sur les effets du capitalisme sur leur bande d’adolescents fascinés par l’arrivée du premier McDonald’s. Éclate alors le décalage entre ce symbole (dont des films d’archives sont diffusés en fond de scène) et le quotidien de la famille qui nous était relaté, cette partie ne souffrant pas d’être mise en regard d’autres monologues, centrés sur des souffrances physiques ou psychologiques.
Le texte s’avère donc suffisamment fort par lui-même et certains effets sur les voix (notamment lors du passage dit par Jérôme Kircher, affublé de saturations, explosions et à-coups sonores) peuvent sembler superflus, de même que quelques passages musicaux qui en rajoutent trop par rapport à l’écriture de la lauréate du Prix Nobel 2015 (piano plaintif, violoncelle larmoyant). Ces quelques béquilles n’entament pourtant nullement la réception des mots retranscrits par l’autrice russe et traduits par des comédiens investis.
Autres dates :
– du 8 au 19 octobre 2019 : Théâtre de la Criée – Marseille
– 1er et 2 novembre 2019 : Forum – Meyrin
– du 5 au 7 novembre 2019 : Théâtre du Jeu de Paume - Aix en Provence
– 9 novembre 2019 : Carré - Sainte Maxime
du 14 au 16 novembre 2019 : Comédie - Saint-Étienne
– 19 novembre 2019 : Théâtre Durance - Château Arnoult
– 22 novembre 2019 : Théâtre en Dracénie – Draguignan
– 26 et 27 novembre 2019 : Théâtre – Angoulême
– 30 novembre 2019 : Agora – Évry
– 3 et 4 décembre 2019 : Halle aux Grains - Blois- 6 décembre 2019 : Quai des Arts – Argentan
– 11 décembre 2019 : MarsMons - Mons- 13 et 14 décembre 2019 : Théâtre Liberté – Toulon
– 7 janvier 2020 : Radiant-Bellevue - Caluire-et-Cuire
– 10 et 11 janvier 2020 : Théâtre National - Nice
le 17/09/2019