(Room40 / Import)
20/09/2019
Rock

Avec son rythme effréné de sorties (une dizaine d’albums par an !), Chihei Hatakeyama est évidemment impossible à suivre, voire pourrait commencer à être suspecté de faire tourner ses machines toutes seules. Ce sentiment pourrait même être renforcé par le fait qu’une nouvelle fois, il nous annonce un album issu d’un voyage (dans la région d’Asuka, au Japon) et tentant de rendre compte des pérégrinations au cours desquels un voyageur peut se perdre, soit un programme tellement conventionnel s’agissant d’un disque ambient. Pourtant, toutes ces considérations un peu frileuses se trouvent battues en brèche dès le début de Forgotten Hill tellement la musique du Japonais parvient à se faire belle et lumineuse.
Sous ce jour, la présence, comme sur les deux précédents longs-formats d’Hatakeyama publiés sur Room40 d’une guitare électrique réverbérée, faisant perler quelques notes ici ou là, participe évidemment de ce constat enthousiaste. Plus encore, sur Falling Star et The Constellation Space, le musicien privilégie une approche pastel, entre post-rock alangui et ambient, dans une veine sachant conserver une forme de discrétion du propos. Tandis que cette dimension presque minimale se retrouve sur tout l’album, démarche plutôt louable quand ces pages ont pu relever les limites de compositions passées plus chargées et ampoulées, la six-cordes prend de plus en plus le pas sur les autres composantes.
Au fur et à mesure, l’album s’oriente ainsi vers le post-rock, avec un morceau comme Staring At The Mountain, condensé d’à peine deux minutes et trente secondes de vraie grâce et d’émotion. Plus loin, des vocalises un peu ululantes, presque spectrales s’échappent de The Big Stone Tomb, apportant une touche de lamentation poignante et le caudal Fugitive From Wisteria Filed invite une guitare acoustique et quelques nappes colorées. Sur ces deux derniers morceaux, et plus généralement sur la face B de l’album publié en vinyle et téléchargement, c’est une véritable mélancolie, coruscante et triste, que Chihei Hatakeyama déploie, soit un sillon qu’il n’avait pas forcément creusé jusqu’à présent et qui lui sied particulièrement bien.
le 16/10/2019