25/10/2019
Institut du Monde Arabe,
Paris
Convaincu par son concert donné l’an passé à Jazz à la Villette, c’est avec quelques garanties qu’on se rendit à l’Institut du Monde Arabe pour voir une nouvelle prestation de la trompettiste Yazz Ahmed, à l’occasion de la publication, deux semaines avant, de son nouvel album. Entourée de six musiciens, la jeune femme offrit une heure et demie de concert au public confortablement installé dans l’auditorium sous-terrain de l’institution (gros fauteuils en cuir dotés d’appui-têtes, espace convenable entre les rangées, température de la salle assez élevée).
Avec la parution concomitante de Polyhymnia, il était logique que le set piochât allégrement dans ce nouveau disque, à commencer par Lahan al-Mansour, qui ouvrit aussi bien ce concert que ce long-format. Servi par une ligne mélodique identifiable, ce titre permit, dès cet incipit, de donner place à un solo de Yazz Ahmed, suivi par un autre d’Alycona Mick au piano électrique, tous deux malheureusement un peu couverts par la batterie de Martin France, dans un contexte où les interventions solitaires n’étaient soutenus que par la section rythmique (batterie, donc, mais aussi basse à six cordes et percussions de Vasilis Sarikis). Ce morceau (et le rappel, on y reviendra) mis à part, les compositions de l’Anglaise ne se distinguaient pas nécessairement par un thème musical très repérable, agissant un peu à contre-courant des standards jazz, préférant mettre en place des atmosphères (influences soufi ici, tendance plus psyché là, aspect transe lorsque l’espace sonore se sature) pour laisser ensuite divaguer les instruments.
Plus à l’aise dans les tempi plus élevés que dans les morceaux plus lents (comme La Saboteuse), le septet opérait avec, en toile de fond parfois un peu envahissants, les visuels de Sophie Bass, variations sur ceux qui ornent les pochettes des albums de Yazz Ahmed. Prenant parfois des atours kaléidoscopiques, avec des motifs un peu orientaux, ces projections vinrent, par exemple, en support de Her Light, titre dans lequel des inflexions plus pysché se firent sentir : basse de Dudley Phillips quasi-slapée, batterie très énergique avec frappes régulières sur la caisse claire, grosse dose de réverbération sur la trompette.
Dialoguant souvent avec la clarinette basse de George Crowley, officiant dans un registre plus langoureux, l’instrument de Yazz Ahmed (qu’il s’agisse de sa trompette ou de son bugle) faisait état d’un son plus clair. Opérant souvent par enchaînement façon contre-chant (je joue une mesure, je tiens ma dernière note, et tu joues la même mesure à ma suite), les deux musiciens étaient logiquement placés en front de scène, la jeune femme ayant à ses côtés quelques machines, lui permettant de réaliser des samples et scratchs en direct. Côté cour, Ralph Wyld et son vibraphone étaient peut-être les plus mal servis, ne se voyant offrir de solo qu’au bout d’une heure de concert et se trouvant mis très en arrière par le mix ; pourtant, avec ses quatre mailloches ou ses deux mini-archets, le musicien ne faisait nullement pâle figure.
Comme l’année dernière, le rappel permit au septet de proposer leur excellente reprise d’Organ Eternal de These New Puritans, avec ses deux mesures mélodiques entêtantes, jouées par tous les instruments non percussifs, ligne chromatique ensuite laissée de côté pour fournir un terrain à deux dernières envolées individuelles. Ici encore, le tempo était enlevé (autour de 160 bpm), confirmant que c’est bien dans ses climats que Yazz Ahmed et ses musiciens sont les plus enthousiasmants.
le 28/10/2019