du 03/10/2019 au 14/12/2019
Galerie Édouard-Manet,
Gennevilliers
Venu exposer il y a sept ans à la Galerie Édouard-Manet, Mohamed Bourouissa est resté en contact avec le centre d’art de Gennevilliers jusqu’à proposer, en cet automne, une exposition collective pensée par le plasticien lui-même. Invitant une dizaine d’artistes, Bourouissa indique avoir voulu se concentrer sur les mécanismes de représentation ; l’intitulé de l’exposition et les travaux présentés flèchent rapidement le propos vers la population ainsi représentée, qui serait tenue de s’excuser d’être là, voire d’exister : les jeunes vivant dans les quartiers populaires de banlieue, souvent issus de la deuxième ou troisième génération d’immigration.
Les œuvres montrées renvoient alors classiquement aux différents préjugés et préconçus véhiculés autour de cette population : zoner sur le toit d’un immeuble en fumant la chicha et en jouant à FIFA 17 (vidéo de Rayane Mcirdi), se vêtir de survêtements Tacchini et partager le méchoui (crayonnés de Soufiane Ababri), passer du temps sur son téléphone portable à glander sur Instagram et Snapchat (dessins et peintures de Neila Czermak Ichti), avoir du respect pour sa mère (dont les mains constellées de bijoux sont photographiées par Sabrina Belouaar). Si on est parfois proche d’une certaine complaisance (la narration bravache de la manière dont les lascars ont caillassé la police dans la vidéo Le Toit évoquée plus haut), les yeux fatigués et le regard las des sujets disent rapidement autre chose, et laissent imaginer que quelque chose de plus profond se joue.
De fait, le quotidien des intéressés, c’est aussi subir des contrôles policiers qui peuvent mal tourner (Zyed, Bouna et Théo sont nommément mentionnés dans des dessins d’Ababri), se loger souvent dans des abris disparates auxquels renvoient les installations composites de Gaëlle Choisne faites à base de couvertures de coton tombant du plafond, ou faire avec du bric-à-brac telles les constructions de fortune de Neil Beloufa. L’atour désabusé que peuvent alors prendre ses œuvres trouve néanmoins un contrepoint plutôt souriant dans la vidéo de Sara Sadik, dans laquelle des enfants tournent un faux journal télévisé très bricolé, relatant l’arrivée d’aliens dans une cité, et l’accueil bienveillant fait par les locaux à ces individus venus d’ailleurs, ou comment faire naître un espoir et un souhait par une forme légère et gentiment décalée.
le 02/12/2019