01/11/2019
École des Beaux-Arts de Nantes-Saint-Nazaire,
Nantes
Deaf Center / École des Beaux-Arts de Nantes-Saint-Nazaire / Erik K Skodvin / Festival Soy #17 / Otto A. Totland / Svarte Greiner
Manifestation à la programmation soignée, à l’esthétique travaillée et à l’atmosphère conviviale, le Festival Soy est organisé uniquement par des bénévoles qui, au bout de dix-sept éditions, firent le constat qu’il leur était difficile de continuer à concilier la tenue d’un tel événement avec leurs activités professionnelles et leurs vies de famille. C’est donc à une dernière danse que le public était convié, pour un jubilé resserré sur trois jours et conservant les fondamentaux du festival : itinérance dans Nantes (y compris dans des lieux non habitués à accueillir des concerts), gratuité de certains concerts et propositions musicales « aventureuses » (pour reprendre l’épithète-signature de Soy).
Regrettant déjà la manifestation automnale, on se rendit, dès l’ouverture de cette dix-septième édition, à l’École des Beaux-Arts de Nantes-Saint-Nazaire, située juste derrière le Palais de Justice, sur l’île de Nantes, en cet après-midi de Toussaint, pour entendre Deaf Center, duo qu’on suit depuis quinze ans. Bien installé dans l’auditorium, on retrouvait les Norvégiens dans une formule guitare-piano, le violoncelle d’Erik K. Skodvin, entendu sur leur dernier album, n’étant pas de leur petite tournée européenne. À la place, le musicien était donc en possession de sa guitare électrique, posée sur ses genoux, qu’il jouait à l’archet pour mettre en place des nappes assez sombres et tirer quelques cordes avec sa main gauche.
Assis derrière un piano droit, Otto Totland y superposa quelques accords graves, avant de livrer des notes plus aigües et de privilégier une approche plus mélodique. En parallèle, son comparse s’accroupit, lâchant son instrument pour se charger de triturer ses potentiomètres et pédales, afin d’introduire des inserts saturés de noirceur et quelques crépitements. Baigné dans une lumière rouge sang plutôt appropriée pour ses compositions entre néo-classique et ambient expérimentale, Deaf Center clôtura ses quarante minutes de set par un morceau de piano solo.
Une petite demi-heure plus tard, et alors que le plateau avait été débarrassé, Arrington De Dionyso prit place, pieds nus, vêtu d’une ample chemise bleu roi à motifs de grandes feuilles mortes, pour une prestation allant fouiller dans toutes les possibilités offertes par le souffle et la voix. S’enchaînèrent ainsi expirations dans un petit tuyau coudé en plastique, souffle dans un grand instrument fait de deux tuyaux et d’un bec doté d’une anche, bouche collée contre le micro, vibrations venant de la gorge, tube en bois aux deux extrémités duquel l’Étatsunien plaça des micros et dans lequel il soufflait par un trou fait en son centre, saxophone au son pas très net (comme si les clefs n’étaient pas suffisamment enfoncées) et, enfin, guimbarde jouée collée au micro de sorte qu’on entendait les claquements de langue et que la vibration du petit instrument était très fortement répercutée.
Entre sonorités « chamaniques », proches de celle issues d’un didgeridoo, et propositions plus expérimentales, l’ensemble s’avéra assez décontenançant, voire décourageant pour une partie du public qui abandonna en cours de route. Assurément, la volonté d’Arrington De Dionyso d’offrir quelque chose venant de très loin, à la fois du fond de la gorge mais aussi d’une tradition d’oralité, était palpable, retranscrite ici par cette recherche autour des potentialités, comme lorsqu’il se saisit de deux micros simultanément pour tenter un rendu binaural, assez probant.
le 05/11/2019