Soirée Hubro : Erlend Apneseth Trio / Building Instrument / Bushman’s Revenge

 date du concert

04/11/2019

 salle

Dynamo,
Pantin

 tags

Building Instrument / Bushman’s Revenge / Dynamo / Erlend Apneseth / Erlend Apneseth Trio / Hubro

 liens

Dynamo
Hubro
Bushman’s Revenge
Erlend Apneseth

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Devenu au fil du temps l’un des labels qu’on suit le plus, Hubro fêtait ses dix ans ces jours-ci, en sillonnant les routes européennes avec trois des formations défendues par la structure norvégienne. D’ordinaire, ce type de plateau ne s’arrête pas forcément en France, suscitant frustration et regrets ; aussi, quand on apprit qu’avec Rotterdam, Londres et Berlin, la Dynamo de Pantin constituait l’une des étapes de ce périple, on fut plus que ravi. Au surplus, la salle de Banlieues Bleues constituait un impeccable choix, partagée qu’est sa programmation entre jazz et musiques improvisées, soit également le positionnement stylistique d’Hubro, ce que cette soirée allait amplement démontrer.

Erlend Apneseth Trio

Pour débuter, et dans la foulée de leur bon album sorti en France en juin dernier, l’Erlend Apneseth Trio s’installa sur scène, dans sa configuration traditionnelle puisqu’ainsi qu’on l’avait imaginé, Frode Haltli, présent à l’accordéon sur ce long-format, n’avait pas fait le voyage avec ses compatriotes. Tandis que Stephan Meidell opérait à l’archet à sa guitare électrique, jouant également de ses pédales et machines, Øyvind Hegg-Lunde était à la batterie et manipulait des petites percussions (bloc chinois, grelots). Alternant entre ses trois violons et hardanger, Erlend Apneseth se chargeait des parties véritablement mélodiques, pouvant par moments faire prendre de l’ampleur à ses instruments, jouant plusieurs notes à la fois et se trouvant alors relayé par une montée en puissance de la batterie.

Hormis ses passages, Hegg-Lunde agissait plutôt dans un registre très délicat (approche au balai, peaux recouvrant ses toms pour en adoucir encore le son) pendant qu’Apneseth pouvait jouer de son violon comme d’une guitare, avec l’instrument sur ses genoux et la main droite courbée comme pour faire des arpèges. Proches d’une forme de folk un peu vernaculaire, les Norvégiens surent aussi utiliser des adjuvants plus récents, comme lorsque Meidell utilisa un mini-ventilateur à pales souples, pour frotter aussi bien sa caisse que ses cordes de guitare, faisant naître une vibration aléatoire et continue, mise en dialogue avec le travail toujours aussi riche du batteur (clochettes, maracas, etc…).

Building Instrument

Le temps d’un entracte d’une vingtaine de minutes, le deuxième trio put prendre place, venant défendre des compositions qu’on avait qualifiées de « post-pop » au moment de la recension de leur album sorti au printemps 2017. Positionnée côté jardin, Mari Kvien Brunvoll chantait ou vocalisait, dans un micro direct ou bien en passant par un filtre, tout en jouant de la cithare. À ses côtés, on retrouva Øyvind Hegg-Lunde, même batteur que dans le trio précédent, agissant avec les mêmes petits adjuvants (clochettes et maracas, principalement) mais s’en servant, cette fois-ci, pour taper ses toms avec, ou en les frappant à l’aide de fines baguettes.

Pour compléter la formation, Åsmund Weltzien était aux synthétiseurs, pour des interventions parfois cotonneuses, parfois plus saturées, mais toujours au service d’un chant sous forme de mélopée, aux paroles incompréhensibles, de sa comparse, dont le timbre était parfaitement adapté à l’instrumentation. Trio dont nous avions le souvenir le plus éloigné (et pour cause, leur album est le plus ancien), Building Instrument nous convainquit pleinement, grâce à ses grosses qualités mélodiques, ses très belles compositions un peu mystiques, sa vraie douceur et son charme indéniable.

Bushman’s Revenge

Arrivé sur Hubro cet été, Bushman’s Revenge était chargé de clôturer la soirée, avec le set probablement le plus jazz du plateau, encore que le trio lorgnait surtout vers un psyché-jazz aux accointances prog. Pour attribuer ces qualificatifs, il fallait voir Gard Nilssen livrer une batterie caractéristique (frappes au balai sur la caisse claire, charleston intervenant tous les deux temps), Stephan Meidell (qui remplaçait Rune Nergaard qui s’était cassé le bras) proposer une basse bien rebondie et chargée du thème musical (Sly Love With A Midnight Creeper) et Even Helte Hermansen se charger de soli de guitare électrique à la limite du tricotage démonstratif.

Le propos s’emballait rapidement, rapprochant donc le trio d’une forme de prog-rock ou, en tout cas, de rock à guitar hero quand Even Helte Hermansen (crâne rasé, barbe fournie, vêtu d’un t-shirt noir) prenait des poses typiques et qu’il travaillait les notes les plus aigües de son instrument. La batterie de Nilssen se situait au diapason, capable d’aller dans un registre fiévreux quand il en jouait avec des baguettes, accentuant ses frappes sur ses cymbales. La traduction scénique d’un disque pour lequel on avait des vraies réserves permit de les lever partiellement et un morceau comme Happy Hour For Mr. Sanders, avec son déluge de métal et d’électricité, sur un tempo s’accélérant au fur et à mesure du morceau, provoqua une certaine euphorie, également partagée par un Stephan Meidell, sourire aux lèvres, porté par cette effervescence sonore.

François Bousquet
le 08/11/2019

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