10/11/2019
Philharmonie de Paris,
Paris
Au-delà des formes classiques et lyriques qu’elle soutient naturellement, la Philharmonie de Paris sait s’ouvrir aux musiques actuelles : jazz, pop et chanson parcourent ainsi sa saison, laquelle se compose également de quelques « week-ends » thématiques. En cette fin de semaine prolongée, pour cause de 11-novembre, c’est l’Islande qui est à l’honneur dans l’institution parisienne avec, le vendredi, une soirée Bedroom Community, le samedi, deux albums de Björk réinterprétés par des formations tierces et, le dimanche, deux propositions successives.
Pour débuter, en fin d’après-midi, on se rendit dans le « Studio », salle d’environ 200 places, quasiment pleine, pour assister au concert d’amiina, étant entendu qu’il ne s’agissait pas véritablement d’un concert mais d’un ciné-concert. De fait, dans la foulée de leur dernier disque en date, publié en 2016, les Islandais venaient illustrer musicalement la projection de Juve contre Fantômas, film muet de Louis Feuillade, sorti en 1913. Placés devant l’écran qui les surplombait, les quatre musiciens calèrent donc la durée de leur set sur les soixante minutes, s’ajustement impeccablement sur un film qu’ils ne voyaient pas (en l’absence de retour écran devant eux). Pour le public, il fallait donc un peu choisir, entre regarder les images, lire les cartons et intertitres, et regarder opérer le quatuor.
Interagissant parfaitement avec la projection, ce dernier ne se contentait pas de l’illustrer, mais aussi de le compléter (ajout de bruitages pour rendre l’atmosphère du carrefour de La Chapelle, le roulement d’un train, des coups de feu) et de s’appuyer dessus pour développer son propos. C’est ainsi que, sur Simplon Express, les roulements des roues sur les rails se muèrent en une batterie et des rythmiques électroniques. Pour marquer quelques moments récurrents de la recherche de Fantômas, deux thèmes revinrent à plusieurs reprises : Juve & Fandor, avec ses pizzicati au violon de María Huld Markan Sigfúsdóttir, ses caisse claire et toms frappés doucement à la main, quand le policier et le journaliste enquêtent et réfléchissent, et Paris, avec la même jeune femme au vibraphone, interprétant la même mélodie que Guðmundur Vignir Karlsson à l’ukulélé, quand le malfaiteur et ses sbires sont en train d’agir.
Sachant aussi livrer un morceau plus électronique (Entrepôts de Bercy), les Islandais offrirent, aux climax d’actions du film de Feuillade, trois montées en puissance, quand le violon et le violoncelle de Sólrún Sumarliðadóttir jouaient de concert, et que les rythmiques, soit réelles jouées par Matthías Már Davíðsson Hemstock, soit synthétiques, se faisaient de plus en plus présentes (Simplon Express, Crocodile et L’Homme en Noir). Pour ne pas rester dans le noir et blanc, un filtre bleu était apposé sur les images lorsque les scènes se déroulaient de nuit, contrebalançant le caractère un peu désuet de l’intrigue, et la manière dont Juve et Fandor se font aisément berner par Fantômas qui, sans grande surprise, triompha à la fin et reçut de chaleureux applaudissements, légitimement adressés aussi au groupe islandais.
le 12/11/2019