13/11/2019
Dynamo,
Pantin
Avec sa thématique peu optimiste (« Le genre humain est-il appelé à être remplacé ? »), la Biennale Némo, qui a commencé début octobre, propose, comme à chaque édition, diverses propositions artistiques dont plusieurs concerts dans les champs musicaux que nous couvrons. C’est dans ce cadre que nous nous sommes rendus dans une Dynamo à moitié remplie, ce mercredi soir, pour deux prestations centrées autour d’instruments folkloriques réintroduits dans une dynamique contemporaine et expérimentale.
Il y a neuf ans, Yann Gourdon se produisait aux Instants Chavirés, dans le cadre du festival Sonic Protest. Sa prestation à la vielle à roue était alors relatée sur ces pages comme produisant « un son puissant, étourdissant, comme un long ronronnement infini au subtiles variations de fréquences sonores », dans le cadre d’un concert « long, un peu trop sûrement ». Sans verser dans une forme de paresse, nous pourrions reprendre exactement les mêmes termes qu’à l’époque puisque le caractère envoûtant de l’ensemble fut indéniable, avec une vraie densité et une puissance tellurique de l’instrument, notamment dans sa manière de mêler bourdonnement de fond et multiples notes plus aigües, aux consonances proches de celles d’autres instruments vernaculaires. Avec pédales et sampler à ses pieds, le musicien, comme pris dans une forme de transe, pouvait superposer encore plus facilement les couches sonores.
En parallèle, l’impression de trop grande homogénéité et d’une proposition trop jouée dans la même énergie, sans ruptures ni séquençage, donnant tout immédiatement, dans un format de quarante-cinq minutes, nous saisit, pour un concert qui nous parut également trop long. Quelques variations de lumières furent heureusement produites, pour donner un peu de modulation à un set qui connut, néanmoins, quelques mutations dans ses dernières minutes, quand le Français laissa sa manivelle en roue libre pour pousser au maximum la saturation de son instrument.
Après la vielle à roue, place à la cornemuse, tenue par Erwan Keravec qui en joua principalement en trille dans ses notes aiguës, combinées avec une note tenue plus grave. À ses côtés, Julien Desprez faisait subir à sa guitare électrique des coups de poing sur sa caisse, lui-même s’agitant comme parcouru de soubresauts, faisant courir sa main gauche sur son manche, lâchant quelques rasgueados et passant rapidement d’une pédale à l’autre. Enfin, pour former le trio, Will Guthrie optait pour un jeu très free à sa batterie, avec baguettes ou mailloches, tambourins, cymbalettes (parfois frappées directement contre les peaux de ses toms) et bols en étain.
White Sands, constitué de ces trois improvisateurs, put alors travailler sur la résonance de la guitare contre les interventions tenues et très présentes de la cornemuse, mais aussi contre le jeu saccadé de batterie. De même, la saturation et l’électricité de la six-cordes répondait aux sonorités plus traditionnelles de l’instrument vernaculaire et à l’aspect plus brut des percussions. À la différence du set précédent, le trio offrit quelques ruptures dans le continuum, avec des séquences de transition, passages plus dépouillés avec juste une note tenue de la cornemuse, quelques frappes sur le gong ou autres composantes métalliques et des accords de guitare, avant de repartir de plus belle vers des rivages plus tendus.
le 18/11/2019