14/11/2019
Vent Se Lève,
Paris
Bien remis du festival organisé en mars dernier, Sulfure reprend le fil des concerts tenus unitairement, toujours au Vent se Lève, avec des propositions souvent rares en France, parfois non encore (ou très peu) repérées. Pour cette soirée de mi-novembre, et face à un public d’une quinzaine de personnes, c’est le Canadien Automatisme qui est ainsi convié, en ouverture de sa première tournée européenne, et alors que celui qui était jusqu’alors signé sur Constellation s’apprête à rejoindre Mille Plateaux.
En ouverture, une première pour notre part, avec Lacustre, musicien déployant, pendant quarante-cinq minutes, des nappes un peu tremblotantes au début (avec quelques voix d’enfants par-dessus), parées de tonalités plutôt claires et lumineuses, qui montèrent progressivement en puissance. L’apparition de saturations et d’une densité plus importante accompagna ce mouvement, sans jamais que l’ensemble ne déborde, ce qu’on put presque regretter, constatant qu’il manquait peut-être un peu de singularité, dans un paysage ambient déjà bien embouteillé. Avec son laptop et ses deux machines, Lacustre n’était cependant assurément pas inintéressant, opérant avec, en soutien, des vidéos de cubes rouges ou bleus qui se désagrégeaient puis se réagrégeaient. Il s’agissait donc d’une entrée en matière correcte.
En passe, donc, de rallier un label qu’on associe davantage à son registre musical, Automatisme débutait sa tournée européenne par Paris, en dehors de toute véritable actualité discographique (hormis un EP paru en cassette). Dans la lignée de ses deux albums, le Canadien livra une electronica mâtinée de consonances dub (réverbération de certaines pulsations, fréquence des rebondissements) mais aussi de teintes plus clicks’n’cuts (petits éléments acérés, collages). Sans trop de fragmentation, enchaînant ses morceaux avec un mini-break au milieu de son set pour introduire une pièce arythmique, Automatisme faisait varier la dimension mélodique de ses compositions. C’est ainsi que ce furent plutôt les fréquences et rythmiques qui se chargèrent de cet office, davantage que de vraies phrases chromatiques.
Il en résultait une dimension véritablement emballante (on secoua volontiers la tête) et, assez paradoxalement, vraiment onirique. Servi par des vidéos (projetées derrière lui, en hauteur, comme pour Lacustre) de vues solarisées ou pixelisées de rails de métro en travelling arrière, William Jourdain nous convainquit donc aisément, nous ralliant même à lui alors que nous avions été un peu déçus par son deuxième effort, publié l’an passé. Assurément, nous serons au rendez-vous de son futur disque sur Mille Plateaux.
le 20/11/2019