Jean-René Lemoine
Jean-René Lemoine
du 13/11/2019 au 24/11/2019
MC93,
Bobigny
Tranches de vie de cinq personnages, Vents Contraires les saisit alors qu’ils sont tous plus ou moins désabusés et évoquent le fait de quitter Paris où chacun réside. Mise en scène par l’auteur lui-même, la pièce s’attache ainsi à ces figures et aux couples qu’elles forment : disputes, séparations, adultères, difficultés financières, usure du couple, mensonges, etc… Narrativement assez prenant et servi par un décor sobre et évolutif, le spectacle peine pourtant à trouver son juste positionnement.
En effet, les atermoiements et passions auxquels il se consacre le tourne clairement du côté du feuilleton, voire du soap opera, mouvement contrebalancé par un texte qui accorde une grosse importance aux ressorts psychologiques des personnages, comme si Jean-René Lemoine n’assumait pas vraiment l’aspect décrit à l’instant. Dans ce contexte, son écriture se fait même un peu étrange, avec de très fréquents mélanges de registre : citations de marque à foison pour ancrer dans une réalité et faire office de satire sociale, langue très crue par moments lorsque les rapports sexuels sont évoqués, ruptures de ton par des saillies humoristiques, sens du tragique, etc…
Alors que ces mélanges parviennent à rendre efficacement la confusion des individus, ils s’accompagnent d’une description d’une marchandisation des rapports humains plutôt bien sentie, puisque tout se monnaye ou se valorise : réussite sociale, corps utilisé pour des rapports tarifés, appartement luxueux. Néanmoins, dans cet univers, le monde réel est bien loin, centrés que sont les cinq personnages sur leurs personnes, et les deux seuls rôles qui amèneront sur le plateau les tourments contemporains (Syrie, situation des pays émergents) seront ceux qui auront l’issue la plus tragique, comme un symbole de cette limite, même si on ne saurait exiger que toute pièce actuelle soit nécessairement politique.
Avec un séquençage très appuyé et probablement trop fort (scènes très courtes, noirs toutes les deux ou trois minutes), Vents Contraires convoque également à plusieurs reprises le Désenchantée de Mylène Farmer : chanté a capella par les quatre comédiennes au ralenti, dit plus loin, entendu dans sa version originale enfin. Mais, là encore, cette utilisation nous apparut comme une forme de contresens, la chanson ayant été écrite à l’époque en réaction à la fin des idéaux communiste et capitaliste, alors qu’elle se trouve ici employée pour signifier que « tout est chaos » dans la vie des personnages. À nouveau, l’horizon du spectacle s’est rétréci.
Autres dates :
– du 28 novembre au 7 décembre 2019 : TNS - Strasbourg
– du 11 au 13 décembre 2019 : Grand T - Nantes
– 8 et 9 janvier 2020 : Maison de la Culture - Amiens
– du 14 au 18 janvier 2020 : Théâtre Olympia - Tours
– 22 et 23 janvier 2020 : Maison de la Culture - Bourges
– 29 et 30 janvier 2020 : Théâtre - Nîmes
– du 6 au 8 février 2020 : Théâtres - Marseille
le 22/11/2019