24/11/2019
Carré Bellefeuille,
Boulogne-Billancourt
Ces pages relevaient, l’an passé, que nous devrions nous rendre plus souvent au Festival BBMix ; qu’à cela ne tienne, revenons-y aussitôt ! De fait, pour sa quinzième édition, la manifestation boulonnaise avait programmé deux soirées dont la seconde correspondait à nos inclinaisons, là où le samedi soir se voulait plus rock. Devant une salle fort bien remplie et toujours aussi confortable, on prit donc place pour un plateau exclusivement féminin et assez aventureux.
Pour débuter, Carla Dal Forno rejoignit la scène, tout de noire vêtue, accompagnée de Mark Smith aux machines et sampler. En effet, pendant que la jeune femme chantait et jouait de la basse demi-caisse (qu’elle tenait autour d’elle nonobstant son ventre arrondi, annonciateur d’un prochain heureux événement), des rythmiques électroniques et des chœurs préenregistrés étaient lancés par son comparse. Assez répétitives, les interventions de basse agissaient très souvent suivant le même schéma (croches jouées sur les demi-temps 1, 4 et 5 d’une mesure à 4/4), de manière non liée, dialoguant ainsi très bien avec les pulsations synthétiques. Au service de morceaux entre darkwave et pop, ce dispositif se fit plus convaincant sur les titres au tempo plus élevé que sur les formes de ballades que l’Australienne pouvait proposer.
Avec sa voix réverbérée et une forme de noirceur pas trop prononcée, Carla Dal Forno manquait cependant un peu de présence sur scène, certainement en raison de la configuration un peu limitée (deux intervenants seulement, donc) et de la taille du plateau. En outre, elle souffrit de problèmes de larsen sur le dernier titre d’une prestation qui aurait probablement gagné à être plus variée d’un morceau à l’autre, mais qui constituait pourtant une correcte ouverture de soirée.
Debout derrière une table placée au milieu de la scène, Félicia Atkinson était chargée de continuer la soirée. Avec son clavier et un petit Glockenspiel pour produire sa musique, la Française posait des nappes et accords ainsi que des petits glitchs, destinés à mettre en place une atmosphère un peu torturée. Au micro, la jeune femme disait certains de ses poèmes, dans une langue un peu difficilement intelligible, mêlant mots en français et en anglais. Dans ce contexte, on fit le choix de se laisser bercer par le tout, sans chercher à saisir les vers, tout au long d’un set qui aurait peut-être gagné à être moins étendu, tout en produisant néanmoins un agréable voyage.
Sensation de ce plateau dominical, la venue de Midori Takada avait suscité de réelles attentes, surtout après qu’un autre rédacteur de ces pages avait encensé sa prestation donnée au Palais de Tokyo il y a deux ans. Configuration assez voisine pour cette participation au Festival BBMix : une dizaine de cymbales sur des pieds de hauteurs différentes, un gong, des toms et un marimba. Chaque séquence voyait la Japonaise passer d’un instrument à l’autre, frappant le gong avec de grosses mailloches, jouant sur l’intensité ou la fréquence de ces battements, utilisant une petite clochette ou bien encore une chaîne secouée et tapée au sol. Entre musique contemporaine et performance, l’ensemble était assez intéressant sur le plan visuel, et même esthétique par la forme de ballet chorégraphié opéré pour aller d’un endroit à l’autre d’un plateau occupé dans toute sa largeur.
Musicalement, en revanche, on fut plus sceptique face à cette proposition assez austère (jeu trop sec des roulements sur le marimba, interventions parfois très espacées) voire trop à distante du spectateur. Assurément, la volonté d’intervenir dans un cadre sériel et itératif était présent, comme le souhait de mêler spoken word et musique, mais l’aridité de l’expression scénique (et l’heure avançant) nous empêcha de pleinement nous accrocher.
le 27/11/2019