du 09/10/2019 au 06/01/2020
Centre Pompidou,
Paris
Avec trois artistes (ou duo d’artistes) dont on connaissait déjà bien le travail, cette dix-neuvième édition du Prix Marcel Duchamp n’était pas forcément celle des découvertes, mais plutôt des confirmations. De fait, le niveau d’ensemble s’y montra assez convaincant, et si on est toujours un peu sceptique quand une telle récompense est attribuée, comme ce fut le cas cette année, à un plasticien montrant un film de près d’une heure et demie (en tant qu’il ne semble pas concourir à part égale avec les autres impétrants, d’autant plus qu’en l’espèce, il avait déjà été montré, à Locarno l’été dernier, dans la section Moving Ahead), cela n’entacha pas l’intérêt de la proposition d’Éric Baudelaire.
Avant d’en venir à son sujet, on passa rapidement sur la salle consacrée à Ida Tursic & Wilfried Mille, nouvelle déclinaison de leurs peintures grands formats, entre collages, kitsch et fausse impertinence (le cowboy au sexe à l’air avait déjà été montré précédemment). Comme par le passé, si la superposition d’images photographiées (ou tirées de magazines) et de peintures peut nous intéresser, le propos du duo s’égara donc dans ses marottes habituelles (présence du bichon, tâches constellant les toiles, etc…).
Pour rallier la salle dévolue au film d’Éric Baudelaire, le spectateur passe devant des couloirs techniques délibérément laissés à vue, comme pour jouer à la fois avec ces espaces interstitiels et opérer une transition entre les lieux muséaux très travaillés et le réel d’Un Film Dramatique. Tourné pendant quatre ans aux côtés de collégiens de Saint-Denis et Saint-Ouen, ce long-métrage voulait laisser aux jeunes gens eux-mêmes la maîtrise du film, leur expliquant les différentes techniques (prise de son, clap, filmage face caméra, etc…) et leur laissant libre cours pour, ensuite, raconter ou se raconter. Tour à tour touchants ou bravaches, inquiets ou consciencieux, les collégiens s’approprient véritablement l’objet cinématographique, d’autant plus que, comme leur indiqua Baudelaire dès le titre plus global de son projet : Tu peux prendre ton temps.
Portées sur la sculpture et l’installation, les deux autres plasticiennes se voulaient également très narratives. Fort appréciée de ces pages, Katinka Bock prolonge son travail en résonance avec l’extérieur de l’institution dont on avait déjà pu rendre compte à l’occasion d’une exposition aux Laboratoires d’Aubervilliers. Ici, elle a laissé un damier de plaques de cuivre sur une terrasse du Centre Pompidou, avant de le rentrer, pour l’exposition, oxydé et verdi. En parallèle, un radiateur emprunté à un riverain bénéficie d’un circuit hydraulique fermé et des citrons se gâtent en direct, tout au long des quatre mois de l’exposition. Temps qui passe, altération et réduction des matériaux se trouvent ainsi au cœur de ce projet qui rejoue, de manière un peu détournée, l’utilisation par la plasticienne des formes minimalistes, en offrant au public la possibilité d’imaginer la vie antérieure des objets présentés.

Entre science-fiction et hybridation, c’est dans une tonalité différente qu’opère Marguerite Humeau : ses sculptures en résine rosée tiennent, en effet, aussi bien d’animaux marins fantasmagoriques que de danseurs humains augmentés. Assez grandes, elles laissent voir aussi bien des formes assimilables à des bras ou des fesses, qu’une physionomie plus proche de créatures aquatiques (nageoires, ailerons, mâchoire allongée). Pas forcément apeurantes (leur teintes couleur chair et leurs allures arrondies éloignent ce risque), ces figures pourraient donc aussi bien résulter d’une transformation intrinsèque que d’un croisement métissé. En toute hypothèse, elles suscitent réflexion et travaillent l’imaginaire.
le 19/12/2019