du 09/10/2019 au 05/01/2020
Lafayette Anticipations,
Paris
Bel automne parisien pour Katinka Bock puisqu’en marge de sa nomination au Prix Marcel Duchamp (et de sa participation subséquente à l’exposition collective du Centre Pompidou, dont nous venons de rendre compte), elle bénéficie d’une monographie à quelques hectomètres de l’institution, se déployant sur plusieurs niveaux de Lafayette Anticipations. Ouvert en 2017, ce lieu accueille aussi bien des concerts que des mini-conférences, du spectacle vivant et, donc, des expositions d’art contemporain. Bénéficiant de la configuration tout en hauteur du lieu, Katinka Bock y a déployé un propos en écho à la restauration d’un bâtiment de Hanovre dont elle a récupéré des plaques de cuivre, réutilisées pour ce Tumulte à Higienópolis.
Attirant le regard et occupant tout le grand atrium situé au-dessus du plateau scénique du rez-de-chaussée, Rauschen s’apparente à un exosquelette ou à une mue d’animal géant, qui aurait laissé là sa gigantesque peau, faite de plaques assemblées constituant une forme entre cylindre et manteau, à la fois solide et massive, en raison de sa taille, et plus fragile car fabriquée à partir de matériaux de rebut. Cette volonté d’opérer autour des formes et composantes pauvres se retrouve tout au long du parcours de Katinka Bock et, logiquement, irrigue cette exposition : compositions en céramique, en grès ou en pierre, tonalités chromatiques sobres ou pastels, œuvres régulièrement accrochées à même le bâtiment.
Précisément, c’est là une autre caractéristique de son travail qui perdure dans cet ensemble puisque le lieu a directement inspiré la production d’œuvres très majoritairement (intégralement ?) réalisées pour l’occasion : porte vitrée dont un angle rentre dans une paroi (Higienopolis), forme zoomorphique en céramique accrochée à un support grillagé (Palomar II), plis de céramique épousant l’angle d’un pilier (Frida), etc… Au-delà, on remarquera également la volonté de la plasticienne d’adoucir le « tumulte » convoqué par le titre de son exposition : rocher de carrière enveloppé d’une couverture de cuir (Anakonda), plaques de céramique recouvrant un Gisant dont dépassent les chaussures. À nouveau, les tonalités et matériaux employés participent de ce geste non agressif, mais suffisamment signifiant. Avec même une petite touche humoristique qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors (l’Hygiaphone allongé, figé dans le mur et inutilisable en l’état), l’Allemande dévoile ainsi une nouvelle station, très cohérente, dans une carrière véritablement convaincante.
le 30/12/2019