Futur, Ancien, Fugitif

 date

du 16/10/2019 au 05/01/2020

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Anita Molinero / Maurice Blaussyld / Palais de Tokyo

 liens

Palais de Tokyo

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Près de dix ans après Dynasty, exposition générationnelle (tous avaient moins de 35 ans), le Palais de Tokyo consacre à nouveau sa saison à un panorama d’« une scène française », formulation qui indique clairement l’abandon de toute exhaustivité et d’objectivité en la matière. Autres abandons : ceux d’avoir une ligne directrice sélective un peu établie, puisque les générations se mélangent (les plus âgés sont nés dans les années 1930 et les plus jeunes dans les années 1990), les origines aussi (il n’y a pas que des Français, ni que des plasticiens travaillant en France) et que quatre commissaires ont opéré, mixant leurs regards et positionnant chacun des artistes tout au long du parcours (pas de section spécifiquement curatée par l’un ou l’autre).

Ces différents postulats auraient toutefois pu conduire à quelque chose d’intéressant ou, à tout le moins, à un ensemble d’où émergeaient confirmations et découvertes ; sous ce rapport, Dynasty nous avait plutôt séduits, avec des premières rencontres parfois très enthousiasmantes. Cessons là le suspens : le constat fut loin d’être le même avec Futur, Ancien, Fugitif, exposition très décevante, trop rarement convaincante et rapidement lassante. Déployé sur les deux niveaux du Palais de Tokyo (le sous-sol est possiblement plus intéressant), le parcours débute pourtant bien avec le Mur de Mûres de Pierre Joseph, astucieux ensemble de grandes photographies d’entassement de mûres, effectivement accroché sur une large cloison, et une sculpture d’Anita Molinero, nouvel avatar de ses moulages assez imposants aux formes post-industrielles (ici, un semblant de carcasse de voiture).

Par la suite, en revanche, on croulera sous les installations chimériques, assemblages en simili-papier mâché, constructions à base de rebuts technologiques, photographies pseudo-naturalistes, montages vidéos à base de réseaux sociaux ou d’animations lo-fi, etc… Si l’idée était de documenter une forme de chaos du monde actuel, le but est assurément atteint puisqu’on sort passablement marqué, comme résigné, presque, face à des représentations tellement désespérées. Mettant alors en question notre peu d’appétence pour près de trois-quarts des œuvres présentées, nous nous sommes mis à la comparer, d’une part, à notre souvenir de Dynasty et, d’autre part, à notre visite de la Biennale du Whitney Museum en septembre dernier, à New-York. Le premier rappel fait remonter des créations nettement moins chargées, souvent à base de matériaux bruts (plâtre, acier, bois, ciment, béton, poussière) et sans fioritures, s’épanouissant aussi dans davantage d’espace (Dynasty était présentée à cheval entre le Palais de Tokyo et le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris). Quant au second souvenir, nettement plus récent, il se fait diablement similaire à notre impression de la présente visite. Qu’en conclure : est-ce notre regard qui a singulièrement évolué (et s’est durci) ou sont-ce les plasticiens qui proposent des œuvres qui nous touchent moins ? Difficile à trancher, possiblement un peu des deux.

Martin Belou - Demain les chiens
(courtesy de l’artiste)

En toute hypothèse, il nous faut quand même relever nos satisfactions de visite, à commencer par les modules de Nathalie Du Pasquier, positionnés dans le Païpe (cet espace au sous-sol, en bas du grand escalier), et nouvelle preuve de la qualité du travail (entre design et peinture, à base de lignes géométriques et de lignes de fuite) de celle qui, après avoir appartenu au groupe Memphis, est redécouverte depuis quelques années. Autre installation qui s’épanouit dans l’espace, la grande tente blanche de Martin Belou accueille des troncs d’arbre, dans une belle quiétude tandis qu’en écho, à l’étage supérieur, le tumulus de terre de Maurice Blaussyld, recouvert d’huile de lin, occupe une large place, contraint cependant entre deux murs et deux parois de verre. Enfin, l’œuvre devant laquelle on aura certainement passé le plus de temps s’avère la bande dessinée de Nayel Zeaiter, retraçant, avec humour et dans l’escalier en spirale descendant au sous-sol, l’histoire du vandalisme dans l’art depuis la Révolution. Avec son trait simple et accessible, mêlé à de la pédagogie décalée, l’artiste touche à un point d’équilibre qui manque cruellement à nombre de ses congénères.

François Bousquet
le 08/01/2020

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