(Morr Music / Bigwax Distribution)
08/11/2019
Rock

Morr Music / Pop / Sin Fang
L’ouverture de ce nouvel album de Sin Fang laisse imaginer que l’Islandais a encore changé de style pour son cinquième long-format : après du folk, de la pop enlevée et de l’électro-pop, il nous offre, en effet, une piste de six minutes et trente secondes au tempo alangui, parcouru de petites rythmiques, de nappes, de guitares traitées et de vocalises lointaines. Avec cette électronique brumeuse, ce sont donc sous des auspices très différents de ces précédents travaux, et qui nous enthousiasment vraiment, que s’ouvre ce Sad Party.
Mais, en fait, il s’agit d’un leurre et, sur le reste de l’album, on retrouve la pop bien troussée de certains ouvrages antérieurs, avec ses refrains accrocheurs (Hollow, Smother), ses arrangements efficaces (mini-breaks, contre-chant) et son orchestration travaillée (la batterie de Magnús Eliassen Trygvason d’Amiina sur trois titres, les délicats cuivres d’Ingi Garðar Erlendsson de Benni Hemm Hemm sur le caudal Constellations).
C’est donc comme si Sindri Már Sigfússon dévoilait ici un double visage, rejoignant la pochette où, par un jeu d’ubiquité, il s’enlace lui-même, s’auto-réconfortant. Cette impression de dédoublement irrigue alors un album dans lequel les pistes vocales du chanteur sont, par exemple, superposées sur le refrain de Smother ou sur Constellations. De cet aspect « Janus » peut aussi découler la volonté de placer, au milieu de l’album, une piste non-chantée, assez rythmée et percussive (Goldenboy Is Sleeping), et, en avant-dernière position, un autre titre instrumental, plus bref et ensoleillé (Cloudjuice).
Il est possible que les trois années passées depuis ce dernier album, et notamment son disque en collaboration avec Sóley et Örvar Smárason, aient été profitables puisqu’au total, l’Islandais revient donc à un niveau nettement plus correct, avec un propos nettement plus intéressant, que sur Spaceland.
le 17/01/2020