La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté

 auteur

Emmanuel Adely

 metteur en scène

Clément Bertani et Édouard Bonnet

 date

du 07/01/2020 au 18/01/2020

 salle

Théâtre Silvia-Monfort,
Paris

 appréciation
 tags

Emmanuel Adely / Théâtre Silvia-Monfort

 liens

Théâtre Silvia-Monfort

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Adaptation d’un roman, spectacle très narratif, multiplicité des techniques scéniques et vidéos, création par un jeune collectif à la belle énergie : les ingrédients très souvent rencontrés au Monfort se trouvent une nouvelle fois réunis pour La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté. Écrit à partir d’une interview donné à Esquire en mars 2013, le livre d’Emmanuel Adely retrace assez librement la nuit du 1er au 2 mai 2011, au Pakistan, lorsque des Marines ont tué Ben Laden. Sans nommer, ni montrer ce dernier (choix qui révèle, d’ailleurs, le parti pris un peu décalé qui traverse tout le texte et le spectacle), le collectif NightShot va recréer la trajectoire des 23 soldats participants à l’opération « Trident de Neptune ».

Sur un plateau très évolutif, marqué notamment par un rideau serré de perles métalliques, qui va servir aussi bien de support à projections que de filtre entre l’intérieur et l’extérieur, les comédiens passent d’une séquence de contextualisation (costumes et tailleurs pantalons, chemises et chemisiers blancs, le passage peut-être le plus faible car assez attendu dans sa mécanique) au théâtre des opérations. Comme la langue d’Emmanuel Adely, les interprètes ne sont pourtant pas dupes de ce qu’ils rejouent, et la distance s’installe immédiatement : langage très viriliste, dialogues crus, interprétation mixte (trois hommes et trois femmes) et tenues reflétant les États-Unis dans leur ensemble (blouson de base-ball, d’aviateur ou de motard, tenue de pom-pom girl, chemise de bûcheron) plutôt que les Marines.

Abandonnant ainsi toute forme d’exactitude reconstituante, mais sans pour autant tomber dans l’ironie un peu facile, le collectif insiste alors sur la vision d’eux-mêmes qu’ont les soldats, baignés de pop culture (références fréquentes aux séries, aux jeux vidéo, à la maquette échelle 1 dans laquelle ils se sont entraînés, aux pizzas qu’ils ont mangées, etc…). Complètement conscients (endoctrinés ?) de ce qu’ils renvoient (« Devenir une icône/Devenir une image/Il n’y a rien de plus bandant que çà »), les Marines trompent l’ennui en attendant d’aller en découdre, testotéronés à bloc et tous muscles dehors. Futurs héros de la Nation, voire du Monde libre, les jeunes hommes donnent malgré tout l’impression de se débattre dans un jeu vidéo, ou de n’être qu’une représentation d’eux-mêmes, voire de se regarder en train d’agir, dans une forme de schizophrénie annonciatrice des différents troubles psychiques qu’ont subi certains, de retour au pays.

Parfois cocasse et maniant intelligemment les différents niveaux du récit (quelques digressions sur leur vie domestique), le spectacle ne s’interdit donc pas une certaine portée politique, visée que son début ne laissait probablement pas entrevoir.

Autres dates :
 23 janvier 2020 : Hectare - Vendôme
 3 et 4 mars 2020 : Théâtre - Saint-Quentin-en-Yvelines
 19 mars 2020 : 3T - Châtellerault
 24 mars 2020 : Théâtre - Thouars
 26 mars 2020 : Gallia - Saintes
 du 10 au 14 novembre 2021 : Théâtre 13 - Paris

François Bousquet
le 16/01/2020

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