(Erased Tapes / Bigwax Distribution)
22/11/2019
Rock

Découverte sur scène en novembre 2018, lors du regretté Festival Soy, Anne Müller était déjà signée sur Erased Tapes et c’est donc un an après que son premier album est publié par le label anglais. Après de nombreuses participations, comme violoniste ou violoncelliste, sur des sorties d’autres musiciens, comme des collaborations avec Nils Frahm dans lesquelles son nom apparaissait au même niveau que celui de l’autre intervenant, c’est donc dans l’exercice purement solo que l’Allemande s’aventure à présent.
Purement solo, mais pas uniquement dédié à son instrument de prédilection car le violoncelle n’est pas le seul présent sur ce court album (six morceaux pour une grosse demi-heure) puisqu’un piano est ainsi joué sur Being Anne, mais de manière un peu détournée car Anne Müller l’utilise avec un médiator, employé pour jouer des cordes, et gratte les mécanismes pour créer une rythmique, avant de retrouver ce clavier plus loin, de manière plus traditionnelle (Aarhus/Reminiscences). Par ailleurs, elle peut frapper la caisse de son violoncelle pour former des coups répétés (Nummer 2), ou ajouter des vocalises (Drifting Circles), tout cela intelligemment combiné aux interventions à l’archet mises en boucle.
Cet alliage d’auto-sampling et de petits adjuvants fait, on a récemment eu l’occasion de le souligner lors de la recension du concert de Mary Lattimore, la qualité des propositions néo-classiques centrées sur un instrument principal. De fait, à la différence de ceux qui se satisfont de jolies mélodies et de respirations très profondes et intensément pensées, il y a là une volonté de travailler sur l’itération et une forme de musique sérielle vraiment réussie. Cette accointance s’exprime particulièrement quand le tempo s’accélère et que l’archet attaque plus rapidement les cordes (Drifting Circles, qu’on peut effectivement apparenter à des cercles un peu déviants). En creux, le morceau-titre, qui conclut le disque, peut alors apparaître comme un peu plat et manquant d’inventivité, opérant majoritairement dans les graves, mais sans recherche autre. Reste toutefois un disque assurément intéressant et la confirmation de ce que nous avions vu et apprécié sur scène.
le 04/02/2020