Viviane Théophilidès
Viviane Théophilidès
du 07/01/2020 au 01/02/2020
Les Déchargeurs,
Paris
Assassinée par des miliciens d’extrême-droite en 1919, Rosa Luxemburg avait créé le premier parti communiste allemand et avait été emprisonnée pour ses idées. Figure pas nécessairement connue du grand public, elle se trouve au centre d’une création théâtrale qui ambitionne de réactiver son souvenir, dans une forme Kabarett, entre fable de reconstitution et spectacle musical. La petite scène du Théâtre des Déchargeurs permet, d’ailleurs, au public, d’être dans une forte empathie avec le personnage, grâce à la proximité induite.
Écrite et montée par Viviane Théophilidès, la pièce débute par la présentation des cinq comédiens, introduit par le seul homme de la distribution, puis par un rapide exposé du propos et le travestissement de Sophie de La Rochefoucauld, chargée d’endosser le rôle de Rosa Luxemburg. Les quatre autres intervenants vont alors faire figure de simili-chœur antique, décrivant l’action jouée par leur coéquipière ou bien jouant ses amis venus du XXIe siècle. Si l’aspect fabuleux est donc clairement revendiqué, en même temps que les inévitables anachronismes résultant de la présence simultanée d’une femme morte en 1919 et de comédiens situés un siècle plus tard, la production s’avère, dans son ensemble, probablement trop rudimentaire, voire parfois pauvre dans son esthétique.
Bien que cela s’articule avec le projet et le sujet, la légèreté du décor et l’étroitesse du plateau conduisent le spectacle à ramener le propos à une petite chose, un peu fragile. Sous ce rapport, la manière dont les uns et les autres s’adressent à Rosa Luxemburg (« ma petite Rosa ») comme le ton général, sont assez doucereux, voire affectés, mécanisme qui annihile en partie la portée politique de cette figure du communisme. Au surplus, hormis le discours inaugural sur le « but final » (prononcé alors qu’elle a 27 ans, au Congrès de Stuttgart, où elle met en relation les luttes quotidiennes et le but final du combat politique) et une autre intervention à la fin, il est fait trop peu référence à ses prises de positions politiques, aux contours idéologiques de ses engagements ou même aux raisons qui l’ont conduite à être emprisonnée pendant plusieurs années.
À la place, le spectacle nous livre quelques chansons (dont certaines assez faibles, principalement celles écrites par l’autrice de la pièce), des intermèdes au piano (plus convaincants), des réminiscences du Temps des Cerises ou de L’Internationale, des dégagements sur les tourments intérieurs de la psyché de Rosa Luxemburg, la lecture des lettres adressées à ses camarades de lutte ou encore ses échanges avec une mésange alors qu’elle était en prison. Sans forcément attendre un exercice théorico-didactique sur la pensée de l’intéressée, on aurait donc aimé un peu moins de « Rosa » et un peu plus de « Luxemburg ».
le 20/01/2020