du 04/12/2019 au 16/02/2020
Maison Européenne de la Photographie,
Paris
Ayant largement parcouru l’ancien Union Soviétique et le Proche-Orient, Ursula Schulz-Dornburg en a rapporté de nombreuses photographies, ici regroupées par pays et par périodes, s’étalant de 1980 à 2012. Bien que vivant à Düsseldorf et documentant les lieux qu’elle a traversés, elle a plutôt développé un regard anthropologique, dans un registre plus minimal, un peu décalé par rapport à l’influence des Becher. Restent néanmoins une vraie rigueur dans le regard et un attachement à la construction du cadre, dans des tirages souvent vides de toute présence humaine.
Affleure également une certaine dimension mystique dans, par exemple, sa série Sonnenstand, suite de photographies prises dans des petits édifices espagnols ponctuant le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle y parvient à saisir le soleil qui passe par une meurtrière, faisant alors apparaître un faisceau lumineux, conférant donc cet aspect irrationnel. Celui-ci est toutefois contrebalancé par la juxtaposition de plusieurs tirages pris tout au long de la même journée, permettant de voir le déplacement du rai de lumière, façon cadran solaire qui nous ramène à la matérialité du temps qui passe. Autre impression un peu mystérieuse avec sa seule photographie en couleur, prise à Palmyre, dans la Vallée de la Mort, le Temple de Bêl au loin : nimbé d’un halo, comme si le vent faisait se soulever le sable, le cliché dégage un sentiment d’irréalité cotonneuse.
Le sobre accrochage de la Maison Européenne de la Photographie accompagne très justement cette première rétrospective française : larges passepartouts blancs, baguettes en bois clair, disposition à hauteur de regard, cartes permettant de situer le sujet à chaque ouverture de séquence. Ce minimalisme scénographique, porté en commun par l’Allemande et la commissaire Shoair Mavlian, dialogue en conséquence très bien avec les photographies, leur stoïcisme formel très sec, presqu’ascétique. Cette rigueur se retrouve aussi dans les clichés où l’artiste prend les paysages depuis l’intérieur des constructions, générant un cadre dans le cadre, par la vision de l’extérieur à travers la découpe d’une porte ou d’une fenêtre.
Au gré de ses voyages, Ursula Schulz-Dornburg suscite également des échos entre les lieux visités : habitats troglodytes de la frontière entre Géorgie et Azerbaïdjan, ruines de Palmyre, vestiges de cité mésopotamienne, décombres d’un site d’essais nucléaires soviétiques au Kazakhstan et bâtiments abandonnés à Kronstadt. Même sentiment de délabrement, même petitesse du geste humain face à la nature, même décrépitude constellant l’histoire de l’humanité ainsi traversée, de l’Antiquité au XXe siècle. Les régimes politiques passent, construisent des routes qui ne mèneront nulle part (ce tronçon isolé de voie de chemin de fer entre Médine et la frontière jordanienne, cette locomotive couchée sur le flanc, cette série d’abribus isolés en Arménie), testent des armes toujours plus destructrices : au final, la nature et les peuples sont toujours là.
le 30/01/2020