Siestes Electroniques 2005 : AGF + Delay / Magnetophone / Brooks / Arte Radio

 date du concert

10/07/2005

 salle

Jardin Raymond VI,
Toulouse

 tags

AGF / AGF/Delay / Arte Radio / Festival des Siestes Electroniques 2005 / Jardin Raymond VI / Magnetophone / Vladislav Delay

 liens

Festival des Siestes Electroniques 2005
AGF/Delay
Arte Radio
Vladislav Delay
AGF

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Dernière journée pour cette quatrième édition des Siestes Electroniques, avec aujourd’hui deux bonnes raisons de faire le déplacement jusqu’à Toulouse puisque se produisaient les anglais de Magnetophone dont on n’avait guère entendu parler depuis leur album chez 4AD, puis AGF et Vladislav Delay, présentant leur projet commun dont le premier album est quant à lui sorti en début d’année.

Quant à l’ouverture de cette journée, c’est Arte Radio qui en a la charge. Le temps que toutes les balances soit réglées, ce premier set débute un peu en retard, mais il fait beau, beaucoup de monde lézarde dans le jardin Raymond VI, des jeunes amateurs de musiques électroniques mais aussi bien sûr des familles, des enfants qui s’amusent dans l’aire de jeu. Le temps est clément mais au loin la menace se fait sentir.
Un jeune homme seul derrière un ordinateur et quelques machines, il représente le site Arte Radio, proposant l’écoute de petites émissions, reportages, témoignages. On se demandait donc à quoi allait ressembler cette prestation. Malheureusement on n’en profitera pas pleinement. Placé un peu loin de la scène, le son n’est pas au meilleur, les bruits environnants se mêlent à une musique qui d’ailleurs demande une certaine attention et se prête mal à une diffusion en plein air. Il s’agit d’une alternance de bruitages, d’expérimentations sonores presque bruitistes parfois, et d’extraits d’émissions diffusées sur le site Arte Radio, avec pour fil rouge le thème de l’eau. Pas convaincu par cette prestation, mais on conseille tout de même à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, d’aller jeter une oreille sur le contenu du site Arte Radio qui recèle de bien belles choses.

On se rapproche de la scène pour la première de nos attentes en ce jour, avec Magnetophone. Les trois anglais sont debout derrière une table sur laquelle repose quelques machines, et la formation nous apparaît tout de suite hétéroclite. L’un avec son look de geek s’occupe principalement des machines, aidé par un autre au style plus rock et qui prendra quelques fois la guitare. Le dernier, alternant chant et mélodica, a quant à lui tout de l’artiste pop. On est tout de suite assez surpris par leur musique dont les intonations pop ont largement pris le dessus : rythmique électronique aux éléments un peu ludiques, mélodies légères et immédiates d’orgue et de mélodica, mais surtout du chant, assuré par un ou plusieurs membres du groupe. Le mélange est ici plutôt original, une pop anglaise avec rythmique aux influence drum’n bass parfois.
Les titres les plus calmes laissent apparaître des ambiances un peu plus dérangées, les machines se lancent parfois dans de longs glissandos plaintifs, on aborde même une ambient lunaire, juste traversée parfois par un cri d’oiseaux ou des rires d’enfants, avant que l’un des membres du groupe ne s’empare d’une guitare pour revenir à une musique pop. Magnetophone semble se moquer des genres, fuir les étiquettes. Ça surprend, mais ça fonctionne pas mal, et le chant parfois mal assuré nous les rendrait presque attachants.
Ils garderont le meilleur pour la fin, chantant tous en même temps selon une lente montée, leurs voix de plus en plus éraillées. On ne les attendais pas là, mais la surprise est plutôt bonne et ce fut un réel plaisir de les retrouver sur scène.

Deuxième grand moment de la journée, AGF et Vladislav Delay, dont on avait entendu quelques travaux en commun sur diverses compilations, mais que l’on voyait pour la première fois en live suite à la sortie de leur album Explode paru chez AGF Producktion. Mais mieux qu’un simple concert du duo, nous aurons droit à trois lives : Vladislav Delay en solo pour commencer, suivi par AGF, et enfin le duo, chaque set durant une trentaine de minutes.
Vladislav Delay reste fidèle à lui même, avec une musique ambient fracturée, haute en contrastes, intégrant parfois une pointe de dub. Pendant 30 minutes on navigue dans un bain de sonorités bouillonnantes et nappes chatoyantes. Des sonorités riches, travaillées, un chaos toujours maîtrisé, bref, une belle prestation qui nous permettait aussi de retrouver ce qui a fait le succès du Finlandais après un concert bien plus expérimental aux dernières Boréales de Caen.
AGF ensuite, que l’on a déjà vu également de nombreuses fois, et donc avec une surprise toute relative. On retrouve son spoken word fragmenté, sa poésie sensuelle, sur une musique parfois comparable à Vladislav Delay. Quelques notes de piano pour commencer, une guitare un peu plus loin, dans tous les cas l’intégration de sonorités acoustiques apporte une certaine grâce à sa musique. La construction de son live était par contre inhabituelle, alternant ces chansons chaotiques avec des passages instrumentaux, plus expérimentaux et certainement aussi plus improvisés. Mais le set restait cohérent, sa poésie semblait toujours présente, même lors des passages les plus abstraits.
Pour finir, les voici tous les deux pour la dernière partie de leur set. Et décidément, on va de surprises en surprises. En effet, alors que l’on s’attendait à les voir tous les deux au laptop, voici que Vladislav Delay prend place à la batterie. L’Allemande n’a pas bougé, toujours derrière son laptop et son micro, lançant quelques basses nasillardes en contrepoint de la rythmique hésitante, enrayée, de Vladislav Delay. Le résultat est assez séduisant, et le premier morceau nous donnera même quelques frissons. Les deux artistes explorent les genres et tentent d’en repousser leurs limites, tentent de nouveaux croisements, et mélangent les techniques. D’un autre côté ce style si particulier qui est leur marque de fabrique, ne change guère d’un morceau à l’autre, et l’ensemble du concert parait au final un peu monotone, ou semble manquer de cette espèce de magie qu’ils produisent en solo.

La soirée, et du même coup le festival, se terminera avec l’Anglais Brooks que l’on ne connaissait pas jusque là. Bon, en même temps ce n’est pas vraiment ce qui nous intéresse sur ces pages. Généralement ces siestes se terminent par un live un peu plus dansant, comme Nôze la veille. On commencera l’écoute de ce concert de façon un peu distraite, et pas forcément bien placé. On se rapprochera alors, constatant avant tout l’efficacité du propos : musique plutôt techno aux grooves efficaces, et comme la veille le public s’amasse sur le devant de la scène pour danser, et au fil du concert, le jardin Raymond VI se transformera en teknival. Vers 22h c’est la fin, mais le public en redemande. Après quelques discussions, Andy Brooks rallume ses machines et se lance dans un rappel d’une grosse demie heure, clôturant cette 4eme édition sur un air de fête.

Fabrice ALLARD
le 14/07/2005

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