du 23/01/2020 au 05/04/2020
Le Plateau / FRAC Île-de-France,
Paris
Exposer des vidéos n’est jamais chose aisée : soit leur durée est trop brève et cela empêche d’appréhender véritablement le travail de l’artiste, soit leur durée est trop longue et on s’interroge sur la pertinence du centre d’art comme lieu de présentation (une salle de cinéma ne serait-elle pas plus idoine ?), soit, encore, les conditions de monstration ne sont pas toujours optimisées (absence de sièges, parasitage par d’autres œuvres voisines ou inversement parasitage d’autres œuvres, etc…). Pour l’exposition de Ben Russell, quasi-intégralement composée de films, le Plateau opte pour un dispositif très immersif qui sied plutôt bien au propos de l’Étatsunien.
Centré sur un film principal d’un peu plus de soixante-dix minutes (La Montagne Invisible), le parcours se fait avec des baies vitrées totalement obscurcies, et des écrans positionnés tout au long du cheminement. Logiquement, le visiteur se dit alors qu’il pourra suivre ce long-métrage même en se déplaçant, retrouvant le même déroulé sur chacun des cinq écrans, schéma qui permettrait simplement de répartir le public de manière plus fluide. Or, il s’agit, en fait, de faire dialoguer les écrans qui s’allument alternativement ou bien montrent différents angles de la même action, prenant chacun le relais de l’autre dans la diffusion d’un film qui voit un homme en recherche de ladite montagne, arpentant la Finlande et croisant divers personnages sur son chemin. Parmi ceux-ci, on reconnaîtra les trois musiciennes d’Olimpia Splendid (cette formation de free garage signée sur Fonal, et qui avait d’ailleurs donné un concert lors du vernissage de l’exposition) en pleine répétition.
Invité à faire naviguer son regard, le spectateur se trouve donc, lui aussi, acteur d’une forme de voyage, baigné dans les couleurs émanant du film, pris dans cette quête initiatique et un peu perdu à son tour. Accréditant ce sentiment d’effectuer une forme de jeu de piste, la présence de symboles en néon au début et au milieu du parcours (respectivement Signal (Approach) et Signal (Summit)), comme les découpes triangulaires du vinyle noir qui recouvre certaines baies vitrées (Signal (Shadow)) invite le visiteur à tenter de (re)trouver son chemin dans ce qui peut se lire comme une vaste installation, mais aussi comme une forme de trip dont la station finale serait une vidéo de lignes noires et blanches au clignotement psychédélique (Conjuring).
le 26/02/2020