du 22/01/2020 au 14/03/2020
Galerie Édouard-Manet,
Gennevilliers
Placée notamment au début du parcours de Futur, Ancien, Fugitif, ce panorama de la scène française récemment montré au Palais de Tokyo, Anna Solal avait contribué à donner la tonalité de notre visite de cette exposition, avec ses cerfs-volants faits de matériaux de rebut, principalement des écrans cassés de téléphones portables intelligents. Rapproché des productions d’autres plasticiens, le travail de la jeune femme nous avait conduit à émettre un jugement assez sévère sur cette proposition collective. Présentées dans un cadre moins imposant, pour une petite monographie se déroulant dans trois salles, les créations d’Anna Solal trouvent certainement, au sein de la Galerie Édouard-Manet de Gennevilliers, un terrain plus adapté.
Au-delà du lieu d’exposition et de l’amalgame inévitablement fait avec ses voisins, ce sont surtout les œuvres elles-mêmes qui conduisent à cette opinion plus favorable : de fait, les formats moins grands montrés ici sont certainement plus pertinents, moins grandiloquents et démonstratifs que ceux vus à Paris. Si l’acte créatif part toujours d’une combinaison de matériaux emblématiques usagés (baskets de marque, écrans de téléphone, ballon de basket-ball) et de petits objets récupérés (pinces à linges, chaînes de vélo, barrettes à cheveux), ils trouvent cette fois-ci une destination pleine, constituant tantôt des oiseaux, tantôt de grandes fleurs.
Inventivité et trouvailles sont ainsi convoquées par la Française pour ces actes de zoomorphisme ou de biomorphisme, parfois assez poétiques même, s’éloignant de l’art brut auquel on aurait pu s’attendre compte tenu du postulat de départ. Invitant le regardeur à fouiller dans ses œuvres pour retrouver trace des composants initiaux, Anna Solal ne s’arrête pas à la simple signification immédiate de ses travaux. Si quelques facilités sont toutefois encore présentes (la réactivation du Déjeuner sur l’Herbe par une photographie montant quatre jeunes hommes posés, avec des sacs de courses, sur un coin de verdure dans des postures très proches de celles du tableau, proposition qu’on peut cependant lire comme un hommage au présent lieu d’exposition), la jeune femme démontre donc que nous avons bien fait de ne pas nous arrêter à notre première rencontre avec sa pratique.
le 03/02/2020